Promenade

L. Hillemacher

Voici l'orme qui balance

Son ombre sur le sentier:

Voici le jeune églantier,

Le bois où dort le silence.

Le banc de pierre où le soir

Nous aimions à nous asseoir.

Voici la voûte embaumée

D'ébéniers et de lilas,

Où, lorsque nous étions las,

Ensemble, ô ma bien aimée!

Sous des guirlandes de fleurs,

Nous laissions fuir les chaleurs.

Voici le marais que ride

Le saut du poisson d'argent;

Dont la grenouille en nageant

Trouble le miroir humide;

Comme autrefois, les roseaux

Baignent leurs pieds dans ses eaux.

Comme autrefois, la pervenche,

Sur le velours vert des prés

Par le printemps diaprés,

Aux baisers du soleil penche

À moitié rempli de miel

Son calice bleu de ciel.

Comme autrefois, l'hirondelle

Rase en passant les donjons,

Et le cygne dans les joncs

Se joue et lustre son aile;

L'air est pur, le gazon doux...

Rien n'a donc changé que vous.