Vieilles amourettes

L. Hillemacher

Aux prés de l'enfance on cueille

Les petites amourettes,

Qu'on jette au vent feuille à feuille

Ainsi que des pâquerettes.

On cueille dans ces prairies

Les voisines, les cousines,

Les amourettes fleuries

Et qui n'ont pas de racines.

Ô douce gerbe liée

Avec des rubans d'aurore,

Fraîche rosée oubliée,

Me parfumez-vous encore?

Hélas! bouquets éphémères,

Depuis celte heure lointaine

Combien de larmes amères

Ont coulé dans ma fontaine!

Des choses se sont passées

Qui m'ont changé ma jeunesse

Beaucoup trop, ô trépassées,

Pour que je vous reconnaisse.

Le dur amour qui ravage

Dans mon cœur a pris racines,

Gomme un grand rosier sauvage

Aux épines assassines.

Qu'ètes-vous près de ces roses

Sanglantes, éblouissantes,

pâquerettes écloses

Dans les prés aux vertes sentes?

Qu'est votre parfum qui rôde

Évaporé dans la brise.

Près de l'odeur Acre et chaude

Qui me pénètre et me grise?

Ô mignonnes marguerites,

Enfantines amourettes,

Hélas! mes pauvres petites.

Je ne sais plus qui vous êtes.

Dans de vagues mausolées,

Enfants blondes, rousses, brunes,

Pour moi vous dormez voilées

Au pays des vieilles lunes.