Glycine

Lejet

Sa folle floraison de mai,

sa résurgence de septembre

embaument les souvenirs de ma petite enfance.

Cette glycine se chargeait d'abeilles autant que de fleurs,

et murmurait comme une cymbale

dont le son se propage sans s'éteindre,

plus belle chaque année,

jusqu'à l'époque où j'appris ce qu'est sa puissance meurtrière.

La glycine commença à arracher la grille.

Je l'ai vue en soulever un imposant métrage.

Je l'ai vue en tordre les barreaux

à l'imitation de ses propres flexions végétales.

Il lui arriva de rencontrer le chèvrefeuille voisin,

le charmant chèvrefeuille mielleux à fleurs rouges.

Elle le suffoqua lentement

comme un serpent étouffe un oiseau.

Par un jour torride

où tout était propice aux mauvais songes,

j'ai visité la tour tronquée du Désert de Retz.

Je n'y retournerai pas.

Celle-ci regorgeait de meubles massacrés:

Devais-je redouter un reste maléfique de vie?

Le bris soudain d'une vitre m'obligea à tressaillir:

un bras végétal, coudé,

en qui je n'eus pas de peine à reconnaître l'esprit reptilien des glycines,

venait de frapper,

et d'entrer par effraction!