Jacinthe

Lejet

Dans la forêt, on m'assure que sous les feuilles mortes

les cornes des jacinthes sauvages sont déjà longues d'un doigt.

Menaces, autant que promesses!

Une folle bat des mains: « à Pâques on ira camper!"

Mais une sage baisse le sourcil: « nous serons jolis, à la lune rousse! »

Avant, c'est moi qui jetais le cri, qu'il fût d'alarme ou de joie,

c'est moi qui troussais les feuilles, qui interrogeais les bulbes anxieux.

Aujourd'hui, mon morose privilège me vaut, avant tout le monde,

un bouquet de jacinthes blanches qui parfument ma chambre.

Qu'ont-elles de commun avec cette haute et frêle fille des bois,

avec la jacinthe sauvage?

O ma grosse jacinthe cultivée, ô ma citadine bien en chair,

je te sais gré de remplacer

ce qui désormais me manque et me manquera:

la floraison forestière bleue, spontanée et fragile,

innombrable assez pour que j'y puise l'illusion de côtoyer un lac,

ou un champ de lin bleu en fleur….