Villanelle du temps passé

M. Emmanuel

L'avenir a des airs altiers;

Le futur prétend qu'on l'encense;

Et l'on suppose volontiers

En voyant lever la semence

Que demain la moisson commence.

Mais, pour guérir un coeur lassé,

La chanson douce est la romance,

La romance du temps passé.

Qu'importe que nos héritiers

Voient plus loin! Je frémis d'avance

En songeant avec grand pitié

Combien ils verront de démence

Et de laideur. O providence,

Merci d'en être dispensé!

La chanson douce est la romance,

La romance du temps passé!

Aller plus vite! Et les sentiers

De fine mousse; et l'ombre dense

Où l'amour fait de deux moitiés

Un tout que bénit la clémence

De l'azur immuable, intense!...

Marchons pas à pas enlacés!

La chanson douce est la romance,

La romance du temps passé!

Aurez-vous dattes sans dattier,

Sans rosier rose? est-ce prudence

D'attendre que tous soient rentiers,

Du travail obtenant dispense

Et sans fourneau faisant bombance?

Le bonheur veut qu'on l'ait forcé!

La chanson douce est la romance,

La romance du temps passé!

Bah, cherchez, flûteurs et luthiers!

Choisissez la plus rare essence,

Des fils vibrants, de fins boîtiers!

Tous vos calculs pour mener danse

Ne vaudront pas une cadence

Où l'écho des temps a passé!

La chanson douce est la romance,

La romance du temps passé!