Souvenier de Muzet, Coeur de viellard, qui dans sa morgue dort

M. Verheul

Cœur de viellard, qui dans sa morgue dort,

et d'autres qui renoncent et renient -,

mais, ô combien!, qui dans leur crypte crient:

Encor! Encor!

Encor la peur, l'insulte, la tendresse

et l'angoisse qui nous plie -,

tout ce qui charme et tout ce qui blesse,-

enfin, qout ce qui fut la vie!

- Faisons du bruit, se disent ceux qui vivent,

entendre leurs regrets, à quoit bon? -

- Ô mes amis, approchons de la rive,

et écoutons, et écoutons!

Il faut connaître la voix entière,

le son qui sort de nous n'est que le quart;

ces disparus nous parlent de la mère

à nous, les orphelins et les bâtards.

Il nous demandent infiniment de vivre,

pour nous, peur ceux qu'on trompe, et pour eux;

le ciel résiste, mais la terre est ivre

de tant de bouches et de tous les yeux.

Ne croyez que fleurs et fruits consument

les innombrables morts inassouvis,

autour de nous, il reste d'amertume

et de douceur un flottant infini.

Obéissons, non à la jouissance

qui tôt s'évanouit et prend trop peu -,

mais aux murmures, mais aux influences,

mais à cet Ange vigoureux

qui entre nous, debout, et ceux qui gisent,

rapporte des messages et des cris,

pour qu'il attache à la terre promise

tous les élans de notre cœur promis!