L'Étranger

O. Nazaykinskaya

Je me dis bien souvent: de quelle race es-tu?

Ton coeur ne trouve rien qui l'enchaîne ou ravisse,

Ta pensée et tes sens, rien qui les assouvisse:

Il semble qu'un bonheur infini te soit dû.

Pourtant, quel paradis as-tu jamais perdu?

A quelle auguste cause as-tu rendu service?

Pour ne voir ici-bas que laideur et que vice,

Quelle est ta beauté propre et ta propre vertu?

A mes vagues regrets d'un ciel que j'imagine,

A mes dégoûts divins, il faut une origine:

Vainement je la cherche en mon coeur de limon;

Et, moi-même étonné des douleurs que j'exprime,

J'écoute en moi pleurer un étranger sublime

Qui m'a toujours caché sa patrie et son nom.