Mnazile et Chloé

O. Nazaykinskaya

Chloé.

Fleurs, bocage sonore, et mobiles roseaux

Où murmure zéphyr au murmure des eaux,

Parlez; le beau Mnazile est-il sous vos ombrages?

Il visite souvent vos paisibles rivages.

Souvent j'écoute, et l'air qui gémit dans vos bois

À mon oreille au loin vient apporter sa voix.

Mnazile.

Onde, mère des fleurs, naïade transparente

Qui pressez mollement cette enceinte odorante,

Amenez-y Chloé, l'amour de mes regards.

Vos bords m'offrent souvent ses vestiges épars.

Souvent ma bouche vient sous vos sombres allées

Baiser l'herbe et les fleurs que ses pas ont foulées.

Chloé.

Oh! s'il pouvait savoir quel amoureux ennui

Me rend cher ce bocage où je rêve de lui!

Peut-être je devais d'un souris favorable

L'inviter, l'engager à me trouver aimable.

Mnazile.

Si pour m'encourager quelque dieu bienfaiteur

Lui disait que son nom fait palpiter mon cœur!

J'aurais dû l'inviter, d'une voix douce et tendre,

À se laisser aimer, à m'aimer, à m'entendre.

Chloé.

Ah! je l'ai vu; c'est lui. Dieux! je vais lui parler!

Ô ma bouche! ô mes yeux! gardez de vous troubler.

Mnazile.

Le feuillage a frémi. Quelque robe légère

C'est elle! Ô! mes regards ayez soin de vous taire.

Chloé.

Quoi, Mnazile est ici? Seule, errante, mes pas

Cherchaient ici le frais et ne t'y croyaient pas.

Mnazile.

Seul, au bord de ces flots que le tilleul couronne

J'avais fui le soleil et n'attendais personne.