L'homme de la terre
P. Dupin
A dia, a hue!
Tout en meuglant
Tirez! mes bœufs, à la charue,
Tirez! que la terre soit repue
Et, lui fouillant le flanc,
Que le soc se rue!
Ça serait à souhait (Tirez donc!!)
Si du ciel tombait
L'averse bienvenue (Tirez plus!)
Que mon champ boirait.
A dia, a hue!
Qu'ils sont zélés!
Tirez! mes bœufs, à la charue,
Tirez! qu'au soleil soit étendue
La Flore sur mes blés
Toute d'or vêtue.
Vraiment notre climat (Tirez donc!!)
Sera bien ingrat,
Si, la moisson vendue, (Tirez plus!)
J'ai ma bourse à plat.
A dia, a hue!
Buvez, mangez,
Tirez! mes bœufs, à la charue,
Tirez! si pourtant sans retenue
Montait à mes vergers
La rivière accrue!
Sitôt mon vieux moulin (Tirez donc!!)
Tournerait enfin!
Mais, surtout, pas de crue (Tirez plus!)
Qui noierait mon bien.
A dia, a hue!
Partout mon champ,
Tirez! mes bœufs, à la charue,
Tirez! que ma voix chante èperdue,
Et qu'à l'été couchant
Elle soit rompue!
Si l'orge qu'on aura, (Tirez donc!!)
Quand Juillet naîtra,
N'est pas déjà perdue, (Tirez plus!)
Quand Avril moura.
A dia, a hue!
Par les sillons
Tirez! mes bœufs, à la charue,
Tirez! la tempête est accourue,
Et les maudits grêlons
vont crever la nue.
S'il vous faut démarrer, (Tirez donc!!)
Je vous conduirai!
Mais moi, la nuit venue, (Tirez plus!)
Point ne dormirai.