Le vieux Ménestrier
P. Dupin
Vous m'avez appellé pour conduire la danse,
J'accepte et me voici.
D'abord, parents, de vous, je n'ai souci:
Portez votre vigilance loin d'ici.
Jeunes gens! comme un seul homme, en cadence
Sitôt que trois coups je frapperai,
Partez avec élégance,
Jusqu'au moment où j'applaudirai.
Un, deux, trois, dansons en bon ordre,
Et de l'instrument
Suivons bien le mouvement,
Eh! par ici! ah! quel désordre!
Holà!! Recommencez-moi ça!!
Vous me pardonnerez si, sans doute, je semble
Un peu méticuleux,
Mais, reprenons ce thème malheureux
Et formons un bel ensemble,
Deux par deux.
Attention! comme un seul homme, en cadence,
Sitôt que trois coups je frapperai,
Partir avec élégance
Jusqu'au moment où j'applaudirai.
Un, deux, trois, dansons en bon ordre,
Et de l'instrument
Suivons bien le mouvement,
Eh! par ici! ah! quel désordre!
Holà!! Recommencez-moi ça!!
Fichtre!! entreprîtes-vous, pauvres nains, de refaire
Le code du maintien!
Mon violon m'en tremble dans la main,
Je me mettrais en colère
Pour en rien.
C'est bien clair! comme un seul homme, en cadence,
Sitôt que trois coups je frapperai,
Partir avec élégance
Jusqu'au moment où je sifflerai!
Un, deux, trois, dansons en bon ordre,
Et de l'instrument
Suivons bien le mouvement,
Eh! par ici! ah! quel désordre!
Holà!! C'est mieux d'en rester là!!
Il n'est point de propos, (vrai! mon cœur s'en désole)
Qui vous soient indulgents.
Vos cervelets sont donc bien indigents!
J'en rougis pour mon école,
Jeunes gens!
Non jamais, vous n'obtiendrez la prestance,
Ce port, qu'on avait au temps passé,
Tout ce qu'en l'art de la DANSE!
Durant cinquante ans, j'ai professé!
Ah! combien grande est ma tristesse,
D'avoir devant cette jeunesse
Mis ta splendeur, ô mon état!
Pour un si piètre résultat!