Le prince au long nez

P. Lacôme d'Estalenx

Il était une fois un prince

Ayant un nez, un si long nez,

Que tous le gens de sa province

De ce nez étaient consternés.

Boire à table il ne pouvait guère,

Aux bons vins il tournait le dos;

Car son nez trempait dans son verre

Comme un biscuit dans du Bordeaux!

Ah! quel nez! Ah! quel nez!

L'obélisque

En bisque, en bisque.

Ah! quel nez!

On pouvait le ramoner!

Ses flatteurs lui disaient: « Grand prince,

Vous êtes vraiment beau garçon,

Votre nez, c'est vrai, n'est pas mince,

Mais il est de belle façon. »

Il croyait à leur beau langage,

Mais un jour, sortant du palais,

Son grand nez fit tant de tapage

Que tous les chiens couraient après.

Ah! quel nez! Ah! quel nez!

L'obélisque

En bisque, en bisque.

Ah! quel nez!

On pouvait le ramoner!

Il aimait une jeune Altesse

Qui vint une fois à la cour.

Il lui dit: « Vous êtes, Princesse,

Plus belle vraiment que le jour.

Permettez que je vous embrasse! »

Mais le Prince avait beau chercher,

Tout son nez remplissait l'espace,

Et d'elle il ne put s'approcher.

Ah! quel nez! Ah! quel nez!

L'obélisque

En bisque, en bisque.

Ah! quel nez!

On pouvait le ramoner!

La Princesse avait pour marraine

Une fée; on la fit venir.

« Mes enfants, malgré votre peine, »

Dit la fée, « il faut vous unir. »

« Eh bien! soit! allons à l'église, »

Dit le Prince, « il faut obéir. »

Il tâta son nez... ô surprise!

Son nez venait de raccourcir!

Ah! quel nez! Quel beau nez!

Il le touche,

Il louche et mouche.

Ah! quel nez!

Bien tourné!

Chacun était étonné.