Le soldat de carton

P. Lacôme d'Estalenx

Il était en Espagne

Un soldat surprenant,

N'allant pas en campagne

De crainte d'accident.

C'était, dit la chronique,

Un soldat de carton;

Il avait la colique

Au seul bruit du canon!

Rantanplan tire lirelaire,

Ah! le beau mirlitaire!

Ah! le beau mirliton

Que ce soldat de carton!

Il n'osait par la pluie

Dehors mettre le pied,

Il eut mis en bouillie

Sa culotte en papier.

Il avait pour bottine

Un vrai petit bateau,

Un nez en gélatine

Et trois rhum's de cerveau!

Rantanplan tire lirelaire,

Ah! le beau mirlitaire!

Ah! le beau mirliton

Que ce soldat de carton!

Il avait un panache

En plume de dindon.

Il avait pour moustache

Du crin noir au menton;

Un fusil en réglisse,

Un sabre en chocolat,

Un casque pain d'épice

Et l'accent auvergnat!

Rantanplan tire lirelaire,

Ah! le beau mirlitaire!

Ah! le beau mirliton

Que ce soldat de carton!

Il avait des dorures

De la tête aux talons;

Aux mains des engelures,

Mais aux pieds des oignons;

Au cœur, peu d'héroïsme,

Mais beaucoup de crachats,

Au bras, un rhumatisme

Et quatre peaux de chats!

Rantanplan tire lirelaire,

Ah! le beau mirlitaire!

Ah! le beau mirliton

Que ce soldat de carton!

N'aimant pas l'exercice,

Toujours il prétextait

Qu'il avait la jaunisse,

Et dans son lit restait;

Dans l'état militaire

Ce qu'il trouvait plus doux,

C'était la cantinière

Et puis la soupe aux choux!

Rantanplan tire lirelaire,

Ah! le beau mirlitaire!

Ah! le beau mirliton

Que ce soldat de carton!

Il allume un cigare

Un jour sans réfléchir,

Et crac! sans crier gare

Il se met à rôtir.

« A la garde, à la garde! »

Mais on ne trouva plus,

Hélas! que sa cocarde,

Reste de ses vertus!

Rantanplan tire lirelaire,

Ah! le beau mirlitaire!

Ah! le beau mirliton

Que ce soldat de carton!