Songe

H. Poupard

Tout aussi tot que ie commence à prendre

Dens le mol lit le repos desiré,

Mon triste esprit hors de moy retiré

S'en va vers toy incontinent se rendre.

Lors m'est auis que dedens mon sein tendre

Ie tiens le bien, ou i'ay tant aspiré.

Et pour lequel i'ay si haut souspire,

Que de fanglots ay souuent cuidé fendre.

Ô dous sommeil, ô nuit à moy heureuse!

Plaisant repos, plein de tranquilité,

Continuez toutes les nuiz mon songe:

Et si iamais ma poure ame amoureuse

Ne doit auoir de bien en vérité.

Faites au moins qu'elle en ait en mensonge.