Chemin faisant
R. de Boisdeffre
Quand, jeune, j'allais à l'école,
Si dans mon chemin fortuné
Je voyais quêter une obole
Par un petit abandonné,
Le cœur débordant de tendresse,
Je m'approchait de cet enfant
Et nous partagions ma richesse
Chemin faisant.
L'homme pour vivre en ce bas monde
Est soumis à de durs travaux;
On en voit traîner à la ronde
Des chars construits pour des chevaux:
La sueur inonde leur joue,
Le pavé monte, il fait glissant;
Bien souvent je pousse à la roue
Chemin faisant.
Lors que l'hiver en son colère
Vient surprendre le malheureux,
Et qu'il ajoute à sa misère
En doublant son froid rigoureux,
Tout le jour on me voit en route
Dans un quartier intéressant,
Et j'apprends combien le bois coûte
Chemin faisant.
Je fais du bien sur cette terre
Plus que je peux, c'est dan mon goût;
Mais il en reste encore à faire
Puisque le mal se voit partout.
Pour moi la vie a bien des charmes;
J'ai pris ma tâche et suis content:
Je m'applique à sécher les larmes
Chemin faisant.