Le papillon

R. de Boisdeffre

Le doux mois des métamorphoses

De ses doigts orne le buisson.

Déja le jeune papillon

S'en va fôlatrer sur les roses.

Pourquoi le poser maraudeur

Sur les églantines nouvelles?

Ah! prends bien garde: leur fraîcheur

Est plus fragile que tes ailes.

Léger comme la fantaisie,

Tu vas, tu viens dans ton chemin,

Et chaque fleur garde en son sein

Pour toi seul la douce ambroisie.

Tous les ans, tu dis à leur cœur

Tes amoureuses ritournelles.

Ah! prends bien garde: leur saveur

Est plus fragile que tes ailes.

Quand la nature réjouie

Repeuple le buisson désert,

Alors quittant son corset vert

On voit la rose épanouie.

Tu viens dans ta frivolité

Caresser ses feuilles si belles.

Ah! prends bien garde: sa beauté

Est plus fragile que tes ailes.