La muse
R. de Boisdeffre
Muse, accours quand je t'appelle;
Viens causer, comme autrefois,
Sur le nid de l'hirondelle
Et sur les soupirs des bois.
Dis-moi, quand la foudre gronde
Et qu'elle enflamme les flots,
Ce que dit le vent à l'onde
Et la vague aux matelots.
Conte ce que ces fillettes
Disent tout bas en chemin
Aux bouquets de paquerettes
Qu'elles cachent dans leurs mains.
O dis-moi, pourquoi ces armes,
Ces clameurs, ces chants guerriers?
Près de ses mères en larmes,
Pour qui poussent ces lauriers?
O Muse, la cloche tint;
Chante un amour couronné.
Le prêtre a versé l'eau sainte
Sur le front d'un nouveau-né.
Chante, la rose est nouvelle;
L'abeille a fait son butin.
Chante, la moisson est belle;
Les pauvres auront du pain.
O Muse, sous la tonnelle
Où Dieu suspend nos désirs,
La chanson ouvre son aile
Et l'écho dit nos soupirs.