Comte Ory

Rossini, Gioachino

LE COMTE ORY, seigneur châtelain (Ténor)

LE GOUVERNEUR, tuteur du comte Ory (Basse)

ISOLIER, page du comte Ory (Mezzo-Soprano)

RAIMBAUD, chevalier et compagnon de folies du comte Ory (Basse)

LA COMTESSE DE FORMOUTIERS (Soprano)

RAGONDE, tourière du château de Formoutiers (Mezzo-Soprano)

ALICE, jeune paysanne (Soprano)

LE CHOEURPaysans et paysannes, Dames d'honneur de la comtesse, Chevaliers, Compagnons du comte Ory, Écuyers

SYSTEMACTE PREMIER

SYSTEMSCÈNE PREMIÈRE

Le théâtre représente un paysage.

Dans le fond, à gauche du spectateur, le château de Formoutiers, dont le pont-levis est praticable.

A droite, bosquets à travers lesquels on aperçoit l'entrée d'un ermitage. Des paysans et des paysannes sont occupés à dresser un berceau de feuillage et de fleurs.

SYSTEMN° 1 - Introduction

PRÉLUDERAlMBAUD

PRÉLUDEJouvencelles, venez vite,

PRÉLUDEEcoutez le sage ermite,

PRÉLUDEIl va paraître en ces lieux.

PRÉLUDEQu'en rentrant à l'ermitage,

PRÉLUDEIl reçoive à son passage

PRÉLUDENos offrandes et nos voeux.

ALICEL'on respecte sa science

ALICECar il donne l'opulence,

ALICELe savoir et des époux.

cachant sous son manteau son habit de chevalier

RAIMBAUDTaisez-vous, du silence;

RAIMBAUDII faut craindre sa puissance.

RAIMBAUDJ'ai l'honneur de le servir.

ALICEIl faut craindre sa puissance.

RAIMBAUDVous riez?

ALICEAh, ah, ah, quel plaisir!

RAIMBAUDQuand on rit de ma puissance ...

ALICESire Robert, calmez-vous.

RAIMBAUD… c'est le ciel que l'on offence.

ALICENous allons obéir tous,

ALICEMais apaisez votre courroux.

RAIMBAUDPlacez là sous cet ombrage

RAIMBAUDEt des fruits et du laitage.

ALICEAllons, vite à l'ouvrage,

ALICEPréparons sous ce feuillage

ALICENos fruits les plus délicats.

RAIMBAUDAllons, vite!

ALICEPatience!

RAIMBAUDMais plus vite!

ALICEPatience,

ALICESire Robert, patience,

ALICESurtout ne vous fâchez pas.

d'un air d'impatience

RAIMBAUDPlacez aussi sur la table

RAIMBAUDQuelques flacons de vin vieux;

RAIMBAUDCar c'est un présent des cieux!

ALICEPlaçons aussi sur la table

ALICEQuelques flacons de vin vieux;

ALICECar c'est un présent des cieux!

SYSTEMSCÈNE DEUXIÈME

sortant du château, à gauche

RAGONDEQuand Madame la Comtesse

RAGONDEEst, hélas! dans la tristesse,

RAGONDEPourquoi donc ces chants d'allégresse

RAGONDEDe la part de ses vassaux?

RAGONDEQuand on aime sa maîtresse,

RAGONDEOn s'afflige de ses maux.

RAGONDEElle veut au bon ermite

RAGONDEDans ce jour rendre visite,

RAGONDEPour que du mal qui l'agite

RAGONDEIl cherche à la délivrer.

ALICEQuel bonheur, quelle allégresse!

ALICELe ciel vient de l'inspirer.

RAIMBAUDElle est sauvée. Oui, la Comtesse

RAIMBAUDNe pouvait mieux rencontrer.

RAGONDEVues croyez que sa science

RAGONDEPeut nous rendre l'espérance?

RAIMBAUDRien n'égale sa science:

RAIMBAUDMainte veuve, grâce à lui,

RAIMBAUDA retrouvé son mari.

RAGONDEAh! Je veux aussi l'entendre.

RAGONDEPrès de lui je veux me rendre,

RAGONDES'il est vrai qu'un coeur trop tendre

RAGONDEPar lui puisse être guéri.

RAGONDECe saint homme que j'implore

RAGONDEA nos voeux rendre l'espoir!

RAIMBAUDIl pourrait bien plus encore;

RAIMBAUDDans ces lieux chacun l'honore,

RAIMBAUDRien n'égale son pouvoir!

LE CHOEUREn ces lieux chacun l'honore,

LE CHOEURRien n'égale son pouvoir!

SYSTEMSCÈNE TROISIÈME

déguisé en ermite avec une longue barbe

LE COMTE ORYQue les destins prospères

LE COMTE ORYAccueillent vos prières!

LE COMTE ORYLa paix du ciel, mes frères,

LE COMTE ORYSoit toujours avec vous!

LE COMTE ORYVeuves ou demoiselles,

LE COMTE ORYDans vos peines cruelles,

LE COMTE ORYVenez à moi, mes belles,

LE COMTE ORYObliger est si doux!

LE COMTE ORYJ'accorde les familles,

LE COMTE ORYEt même aux jeunes filles

LE COMTE ORYJe donne des époux.

LE COMTE ORYOui, venez tous, venez.

LE COMTE ORYQue les destins prospères

etc.

RAGONDEJe viens à vous!

la regardant

LE COMTE ORYParlez, dame... trop respectable.

LE COMTE ORYVous aussi, mes enfants. A vos voeux, favorable,

LE COMTE ORYJe puis tout accorder. Parlez:

LE COMTE ORYTous vos souhaits seront comblés.

se pressant autour du Comte

LE CHOEURAh! quel saint personnage!

LE CHOEURC'est le bienfaiteur du village.

RAGONDEDe grâce, parlons tous

RAGONDEL'un après l'autre.

LE COMTE ORYQuel désir est le vôtre?

LE COMTE ORYQue me demandez-vous?

RAIMBAUDParlons l'un après l'autre.

RAIMBAUDSilence! taisez-vous.

UN PAYSANMoi, je réclame

UN PAYSANPour que ma femme

UN PAYSANDans mon ménage

UN PAYSANSoit toujours sage.

LE COMTE ORYC'est bien, c'est bien.

ALICEMoi, je vous prie,

ALICEJ'ai tant d'envie

ALICEQu'on me marie

ALICEAu beau Julien!

LE COMTE ORYC'est bien, c'est bien.

RAGONDEMoi, je demande

RAGONDEFaveur bien grande:

RAGONDEQu'aujourd'hui même

RAGONDEL'époux que j'aime

RAGONDEIci revienne

RAGONDEFinir ma peine;

RAGONDEQue je l'obtienne,

RAGONDEC'est mon seul bien.

LE COMTE ORYBien. Bon.

LE COMTE ORY(Qu'un bon ermite

LE COMTE ORYQu'on sollicite,

LE COMTE ORYQu'un bon ermite

LE COMTE ORYA de mérite!

se retournant vers les jeunes filles

LE COMTE ORYJeune fillette,

LE COMTE ORYEt bachelette,

LE COMTE ORYDans ma retraite,

LE COMTE ORYViendra ce soir.)

RAIMBAUDIl fautt nous rendre

RAIMBAUDA l'ermitage.

RAIMBAUDRendons hommage

RAIMBAUDA son pouvoir.

LE COMTE ORY(Bonheur suprême!

LE COMTE ORYEn ma retraite

LE COMTE ORYJeune fillette

LE COMTE ORYViendra ce soir.)

entourant le Comte

ALICEOui, bon ermite,

ALICEJe sollicite

ALICEFaveur bien grande,

ALICEEt je demande

ALICEDe la tendresse,

ALICEDe la jeunesse,

ALICEDe la richesse:

ALICEExaucez-nous.

ALICETout le village

ALICEVous rend hommage...

ALICEA l'ermitage

ALICENous irons tons.

RAIMBAUDTout le village,

etc.

RAIMBAUDAllons tous!

LE COMTE ORYTout le village

LE COMTE ORYMe rond hommage...

LE COMTE ORYA l'ermitage

LE COMTE ORYAccourez tous.

LE COMTE ORYVenez tous!

LE COMTE ORYL'un après l'autre,

LE COMTE ORYMes chers enfants!

UN PAYSANMoi, je réclame

etc.

RAGONDEDe grâce, encore un mot. Il s'agit de Madame.

RAGONDETandis que nos preux chevaliers

RAGONDEQue l'amour de la gloire enflamme,

RAGONDEDans les champs musulmans moissonnent des lauriers,

RAGONDELeurs femmes et leurs soeurs, bien qu'à la fleur de l'âge,

RAGONDEOnt juré comme moi de passer leur veuvage

RAGONDEDans le châteaux de Formoutiers.

Où tant d'attraits sont prisonniers.

LE COMTE ORYC'est le château de la belle Comtesse…

RAGONDE… Dont le frère aux combats a suivi nos guerriers.

RAGONDEEt cette noble châtelaine,

RAGONDESur un mal inconnu qui cause notre peine,

RAGONDEVeut aujourd'hui vous consulter.

LE COMTE ORY(Ah! quel bonheur!) Près de moi qu'elle vienne,

LE COMTE ORYMon devoir est de l'assister.

LE COMTE ORYJ'espère dans mon zèle lui rendre le repos;

LE COMTE ORYRetournez auprès d'elle, allez à vos travaux.

LE COMTE ORYJe vais en attendant dans mon humble chaumière

LE COMTE ORYDe ces jeunes beautés accueillir la prière.

RAIMBAUDSaint personnage,

RAIMBAUDTout le village

RAIMBAUDVient rendre hommage

RAIMBAUDA vos vertus.

LE COMTE ORYTout le village

LE COMTE ORYMe rend hommage…

LE COMTE ORYA l'ermitage

LE COMTE ORYAccourez tous.

Le Comte remonte à son ermitage, suivi de toutes les jeunes filles.

Ragonde rentre au château. Les paysans s'en vont.

Arrivent le Gouverneur et Isolier.

SYSTEMSCÈNE QUATRIÈME

LE GOUVERNEURJe ne puis plus longtemps voyager de la sorte.

ISOLIEREh bien! reposons-nous sous ces ombrages frais.

LE GOUVERNEURPourquoi m'avoir forcé de quitter notre escorte

LE GOUVERNEUREt m'amener ici?

ISOLIER(J'avais bien mes projets...

ISOLIERVoilà donc le château de ma belle cousine!

ISOLIERSi je pouvais l'entrevoir... quel bonheur!

ISOLIERMais, loin de partager l'ardeur qui me domine,

ISOLIERElle ferme à l'amour son castel et son coeur.)

au Gouverneur, qui s'est assis

ISOLIEREh bien! monsieur le Gouverneur,

ISOLIERReprenez-vous un peu courage?

LE GOUVERNEURMaudit emploi! maudit message!

LE GOUVERNEURMonseigneur notre prince, auquel je suis soumis,

LE GOUVERNEURM'ordonne de chercher le comte Ory, son fils,

LE GOUVERNEURCe démon incarné, mon élève et mon maître,

LE GOUVERNEURQui, sans mon ordre, hélas! loin de la cour

LE GOUVERNEURS'est avisé de disparaître.

Pour jouer quelque nouveau tour.

LE GOUVERNEUROn le disait caché dans ce séjour.

LE GOUVERNEURComment l'y découvrir?... comment l'y reconnaître?

ISOLIERVous devez tout savoir... d'être son gouverneur

ISOLIERN'avez-vous pas l'honneur?

LE GOUVERNEURAh! quel honneur!

SYSTEMN° 2 - Air

LE GOUVERNEURVeiller sans cesse,

LE GOUVERNEURCraindre toujours

LE GOUVERNEURPour Son Altesse

LE GOUVERNEUROu peur mes jours.

LE GOUVERNEURDu gouverneur

LE GOUVERNEURD'un grand seigneur,

LE GOUVERNEURVoilà les profits et l'honneur.

LE GOUVERNEURQuel honneur d'être gouverneur!

LE GOUVERNEURA la guerre, comme à la chasse,

LE GOUVERNEURSi quelque péril le menace,

LE GOUVERNEURIl faut partout suivre ses pas,

LE GOUVERNEURDût-il vous mener au trépas!

LE GOUVERNEURVeiller sans cesse,

LE GOUVERNEURTrembler toujours

LE GOUVERNEURPour Son Altesse

LE GOUVERNEUROu pour mes jours...

LE GOUVERNEURDu gouverneur

etc.

LE GOUVERNEUREt s'il est épris d'une belle,

LE GOUVERNEURIl me faut courir après elle;

LE GOUVERNEURTout en lui faisant des sermons

LE GOUVERNEURSur le danger des passions.

LE GOUVERNEURVeiller sans cesse,

LE GOUVERNEURCourir toujours,

LE GOUVERNEURPour Son Altesse

LE GOUVERNEUROu ses amours.

LE GOUVERNEURDu gouverneur

etc.

SYSTEMSCÈNE CINQUIÈME

CHŒUR DE PAYSANNESVous, notre appui,

CHŒUR DE PAYSANNESEt notre ami,

CHŒUR DE PAYSANNESBien grand merci!

CHŒUR DE PAYSANNESJ'irai toujours vous voir,

CHŒUR DE PAYSANNESÔ bon ermite.

CHŒUR DE PAYSANNESÔ saint prophète,

CHŒUR DE PAYSANNESSoyez béni!

CHŒUR DE PAYSANNESPuissant prophète,

CHŒUR DE PAYSANNESSoyez béni!

CHŒUR DE PAYSANNESJeune fillette

CHŒUR DE PAYSANNESAh, grâce à lui,

CHŒUR DE PAYSANNESFortune faite,

CHŒUR DE PAYSANNESEt bon mari.

regardant les jeunes filles

LE GOUVERNEUR(Je vois paraître

LE GOUVERNEURMinois joli;

LE GOUVERNEURAh! mou cher maître

LE GOUVERNEURDoit être près d'ici.)

LE GOUVERNEURJeunes fillettes, de grâce dites-moi

LE GOUVERNEURDepuis quel tempe dans ce village

LE GOUVERNEURCe bon ermite est-il venu?

LE CHOEURVoilà huit jours...

LE GOUVERNEURQu'ai-je entendu?

LE GOUVERNEURVoilà huit jours...

LE CHOEURPas davantage!

LE GOUVERNEUR… que cotre maître a disparu!

LE GOUVERNEURC'est bien huit jours?

LE CHOEUROui, c'est huit jours, pas davantage.

LE GOUVERNEURVoilà huit jours que autre maître a disparu!

LE GOUVERNEURCette aventure fort singulière

LE GOUVERNEURCache à mes yeux quelque mystère:

LE GOUVERNEURCe bon ermite que l'on révère

LE GOUVERNEURAu fondd de l'âme est-il sincere?

LE GOUVERNEURLui qu'on adore,

LE GOUVERNEURLui qu'on implore,

LE GOUVERNEURSerait-ce encore le comte Ory?

LE GOUVERNEURRuse anodine,

LE GOUVERNEURJe te devine,

LE GOUVERNEUROui j'en suis sûr, c'est encore lui.

LE CHOEURMais qu'a-t-il donc, ce voyageur,

LE CHOEURII n'a pas l'air de bonne humeur.

LE CHOEURIl faut nous éloigner, aussi

LE CHOEURSortons d'ici, partons d'ici.

LE GOUVERNEURLai qu'on adore,

etc.

LE GOUVERNEURC'est encore lui.

LE GOUVERNEURCette aventure

etc.

retenant Alice, qui reste la dernière

LE GOUVERNEURCet ermite, ma belle enfant,

LE GOUVERNEUROù pourrais-je le voir?

ALICEIci même... à l'instant

ALICEIl va venir... Madame la Comtesse

ALICEA désiré le consulter.

ISOLIERVraiment!

ALICESur un mal inconnu qui l'accable et l'oppresse.

LE GOUVERNEURMerci, ma belle enfant.

LE GOUVERNEURIl doit donc venir dans l'instant!

ISOLIER(Elle va venir dans l'instant!)

LE GOUVERNEUR(Cette belle Comtesse au minois séduisant!

LE GOUVERNEURCeci me semble encore une preuve plus forte.)

à Isolier

LE GOUVERNEURAttendez-moi… je vais retrouver notre escorte.

LE GOUVERNEUR(Puis ensemble vous reviendrons,

LE GOUVERNEURPour confirmer, ou bien dissiper mes soupçons.)

SYSTEMSCÈNE SIXIÈME

ISOLIERJe vais revoir la beauté qui m'est chère...

ISOLIERMais comment désarmer cette vertu si fière?

ISOLIERComment, en ma faveur, la toucher aujourd'hui?

ISOLIERSi cet ermite, ce bon père,

ISOLIERVoulait m'aider... oh! non ... ce serait trop hardi...

ISOLIERAllons! ... ne suis-je pas page du comte Ory?

SYSTEMSCÈNE SEPTIÈME

ISOLIERSalut, ô vénérable ermite!

avec un geste de surprise

LE COMTE ORY(C'est mon page! sachons le dessein qu'il médite.)

LE COMTE ORYQui vers moi vous amène, ô charmant Isolier?

ISOLIERII me connaît!

LE COMTE ORYTel est l'effet de ma science.

ISOLIERUn aussi grand savoir ne peut trop se payer,

lui donnant une bourse

ISOLIEREt cette offrande est bien faible, je pense.

prenant la bourse

LE COMTE ORYN'importe... à moi vous pouvez vous fier:

LE COMTE ORYParlez, parlez, beau page.

SYSTEMN° 3 - Duo

ISOLIERUne dame de haut parage

ISOLIERTient mon coeur en un doux servage,

ISOLIEREt je brûle pour ses attraits.

LE COMTE ORYJe n'y vois point de mal... après?

ISOLIERJe croyais avoir su lui plaire;

ISOLIEREt pourtant son cœur trop sévère

ISOLIERSe dérobe à mes projets.

LE COMTE ORYJe n'y vois point de mal.., après?

ISOLIEREt jusqu'au retour de son frère,

ISOLIERQui des croisés suit la bannière,

ISOLIERAucun amant, aucun mortel

ISOLIERNe peut entrer dans ce castel.

LE COMTE ORY(Celui de la Comtesse... ô ciel!)

ISOLIERPour y pénétrer, comment faire?

ISOLIERJ'avais bien un moyen fort beau;

ISOLIERMais je le crois trop téméraire.

LE COMTE ORYParlez... parlez.., beau jouvenceau.

ISOLIERJe voulais, d'une pèlerine

ISOLIERPrenant la cape et le manteau,

ISOLIERM'introduire dans ce château.

LE COMTE ORYBien! bien.., le moyen est nouveau.

On peut s'en servir, j'imagine.

LE COMTE ORYNoble page do comte Ory,

LE COMTE ORYSerez un jour digne de lui!

LE COMTE ORY(Voyez donc, voyez donc le traître!

LE COMTE ORYOser jouter contre son maitre.)

ISOLIERA l'instant je me sens renaître:

ISOLIERQuel bon moyen, quel coup de maître...

LE COMTE ORY(Mais je le tiens, et l'on verra

LE COMTE ORYQui de nous deux l'emportera.)

ISOLIERQui, je le tiens, et vois déjà

ISOLIERQue son pouvoir me servira.

ISOLIERMais d'abord ce projet réclame

ISOLIERVos soins pour être exécuté.

LE COMTE ORYComment?

ISOLIERPar cette noble dame

ISOLIERVous allez être consulté.

C'est qu'il sait tout, en vérité.

ISOLIERDites-lui que l'indifférence

ISOLIERCause, hélas! son tourment fatal.

LE COMTE ORYJ'entends! j'entends... ce c'est pas mal.

ISOLIEREt pour guérir à l'instant même,

ISOLIERDites-lui... qu'il faut qu'elle m'aime.

LE COMTE ORYJ'entends! j'entends... ce c'est pas mal.

LE COMTE ORYJe lui dirai qu'il faut qu'elle aime...

Mais un autre que mon rival…

ISOLIERDites-lui bien qu'il faut qu'elle aime.

LE COMTE ORYNoble page du comte Ory,

etc.

SYSTEMSCÈNE HUITIÈME

SYSTEMMarche

apercevant Isolier

LA COMTESSEIsolier dans ces lieux!

ISOLIERSur le mal qui m'agite

ISOLIERJe venais consulter aussi le bon

ISOLIERermite.

LE COMTE ORYJe dois à tous les malheureux

LE COMTE ORYMes consolations, mes conseils et mes voeux.

SYSTEMN° 4 - Air

s'approchant du comte Ory

LA COMTESSEEn proie à la tristesse,

LA COMTESSENe plus goûter d'ivresse

LA COMTESSEAu sein de sa jeunesse,

LA COMTESSESouffrir, gémir sans cesse,

LA COMTESSEVoilà quel est mon sort.

LA COMTESSESe flétrir en silence,

LA COMTESSEN'espérer que la mort.

LA COMTESSEHélas, quelle souffrance.

LA COMTESSEÔ peine horrible!

LA COMTESSEVous que l'on dit sensible,

LA COMTESSEDaignez, s'il est possible,

LA COMTESSEGuérir le mal terrible

LA COMTESSEDont je me sens mourir!

LA COMTESSESoulagez ma douleur,

LA COMTESSERendez-moi le bonheur.

LE CHOEURCalmez tant de souffrance,

LE CHOEURCalmez tant de douleur!

LE CHOEUREt que votre science

LE CHOEURLui rende le bonheur.

LA COMTESSEFaut-il mourir de ma souffrance?

LA COMTESSEHélas, hélas, plus d'espérance!

LA COMTESSECiel!

LA COMTESSEÔ peine horrible!

etc.

LA COMTESSESoulagez ma douleur,

LA COMTESSERendez-moi le bonheur.

LE CHOEURAh, calmez tant de douleur!

au Comte

ISOLIERVous avez entendu sa touchante prière!

ISOLIERVoici le vrai moment, soyez à moi, mon père!

à la Comtesse

LE COMTE ORYSi dans mon assistance

LE COMTE ORYVous avez confiance,

LE COMTE ORYJe puis en conscience

LE COMTE ORYGuérir votre douleur

LE COMTE ORYDu mal qui vous dévore

LE COMTE ORYLa source est dans le coeur.

LE COMTE ORYAimez, aimez encore

LE COMTE ORYPour renaître au bonheur.

LA COMTESSED'un éternel veuvage

LA COMTESSEUn serment fut le gaga.

LA COMTESSEEt j'irais le trahir?

LA COMTESSEPlutôt, plutôt mourir.

LE COMTE ORYLe ciel vous en dégage.

LE COMTE ORYIl ordonne que de vos jours

LE COMTE ORYLa flamme se ranime

LE COMTE ORYAu flambeau des amours.

LA COMTESSECéleste providence,

LA COMTESSEJe te bénis de ta clémence!

LA COMTESSEÔ bon ermite,

LA COMTESSEVotre mérite

LA COMTESSEEn mes beaux jours

LA COMTESSEVivra/Viendra toujours.

LA COMTESSELE COMTE, puis ISOLIER

LA COMTESSEToujours, toujours.

à Isolier

LA COMTESSEIsolier, que ta présence

LA COMTESSEMe fait naître un doux émoi.

LA COMTESSECher lsolier, je veux t'aimer,

LA COMTESSEJe ne veux aimer que toi.

LE CHOEUROn voit que sa parole

LE CHOEURParaît la ranimer.

LE CHOEURLe mai qui la désole

LE CHOEURCommence à se calmer.

LA COMTESSEDéjà je sens

LA COMTESSELes feux brûlants

LA COMTESSEDe la jeunesse

LA COMTESSEPar la tendresse

LA COMTESSESe rallumer.

LA COMTESSEÔ bon ermite,

etc.

au Comte

ISOLIERC'est bien... je suis content.

à la Comtesse

LE COMTE ORYEncore un mot, de grâce.

LE COMTE ORYD'un grand péril qui vous menace

LE COMTE ORYJe dois vous prévenir! … il faut vous défier...

LA COMTESSEDe qui?

LE COMTE ORYDe ce jeune Isolier.

LA COMTESSEÔ ciel!

LE COMTE ORYC'est le fidèle page

LE COMTE ORYDe ce terrible comte Ory,

LE COMTE ORYDont les galants exploits...

LE COMTE ORYMais ici... devant lui,

LE COMTE ORYJe n'oserais en dire davantage.

LE COMTE ORYEntrons dans ce castel.

LA COMTESSEMon coeur en a frémi!

au Comte

LA COMTESSEÔ mon sauveur!. .. ô mon unique appui!

LA COMTESSEVenez, venez!

Elle prend le Comte par la main et va l'entraîner dans le château. Toutes

les dames les suivent Le comte Ory a déjà le pied sur le pont-levis et, en

raillant Isolierr, fait un geste de joie.

A ce moment entre te Gouverneur, suivi de tous les chevaliers de son

escorte.

SYSTEMSCÈNE NEUVIÈME

LES CHEVALIERSNous saurons bien le reconnaître.

LES CHEVALIERSAvançons...

apercevant Raimbaud, qui est en paysan

LE GOUVERNEURQu'ai-je vu!... c'est Raimbaud,

LE GOUVERNEURLe confident, l'ami de notre maître!

RAIMBAUDTaisez-vous donc, ne dites mot.

LE GOUVERNEURPlus de doute, plus de mystère,

montrant l'ermite

LE GOUVERNEURC'est Monseigneur! c'est lui!

LE COMTE CRY(Misérable! crains ma colére.)

s'inclinant

LES CHEVALIERSC'est le comte Ory!

s'éloignant avec effroi et se réfugiant dans un coin

LES DAMESLe comte Ory!

LE COMTE ORYEh bien! oui … le voici.

SYSTEMN° 5 - Finale

TOUSCiel!

TOUSLA COMTESSE, ALICE, RAGONDE, puis ISOLIER

TOUSÔ terreur, ô peine extrême,

TOUSQuel indigne stratagème!

TOUSMon coeur bat d'effroi, d'horreur.

TOUSQuel effroi saisit mon coeur!

TOUSQuel effroi s'empare de mon coeur!

TOUSOui, l'effroi vient agiter mon coeur.

LE GOUVERNEURÔ bonheur (ô plaisir), ô joie extrême,

LE GOUVERNEUROn connait son stratagème,

LE GOUVERNEURTout s'oppose à son bonheur.

LE GOUVERNEURCiel! L'espoir fuit de son cœur

LE GOUVERNEUR(Pour moi, quel bonheur!)

LE GOUVERNEURLa rage est dans son coeur

LE COMTE ORYPlus d'espoir, ô peine extrême,

LE COMTE ORYTout s'oppose à mon bonheur.

LE COMTE ORYAh, l'espoir me fuit encore.

LE COMTE ORYQuel effroi, hélas!

LE COMTE ORYL'espoir fuit de mon coeur

LE COMTE ORYLa rage est dans mon coeur,

LE COMTE ORYLa fureur vient agiter mon coeur.

RAIMBAUDPlus d'espoir, ô peine extrême,

RAIMBAUDTout s'oppose à son bonheur.

RAIMBAUDLe dépit augmente encore.

RAIMBAUDÔ douleur, ciel!

RAIMBAUDQuel malheur, quel effroi!

RAIMBAUDL'espoir fuit de son cœur

RAGONDECet écrit, noble châtelaine,

RAGONDEVous vient de lointains pays.

RAGONDEIl apporte, j'en suis certaine,

RAGONDEDes nouvelles de nos maris.

Encore une disgrâce.

LE COMTE ORYTOUS sauf LA COMTESSE

LE COMTE ORYLisez, cédez, de grâce.

LE GOUVERNEURSeigneur, adieu plaisir!

ALICECédez à mon désir.

SYSTEMLE COMTE ORY, RAIMBAUD, LE GOUVERNEUR, LE CHOEUR

ALICEIl faut se contenir.

lisant

LA COMTESSE«Madame et soeur chérie,

LA COMTESSELa croisade est finie,

LA COMTESSEEt dans outre patrie

LA COMTESSENous revenons enfin.»

LA COMTESSETOUS sauf LA COMTESSE

avec joie

LA COMTESSELs croisade eut finie

LA COMTESSEEt tous dans leur patrie

LA COMTESSEIls reviennent enfin.»

RAIMBAUDFatal destin!

lisant

LA COMTESSE«On nous a vus sans crainte

LA COMTESSEPurger la Terre sainte

LA COMTESSEEt notre épée est teinte

LA COMTESSEDu sang du Sarrasin.»

LA COMTESSETOUS saut LA COMTESSE

LA COMTESSEOn les a vus sans crainte

LA COMTESSEPurger la Terre sainte

LA COMTESSEEt leur épée est teinte

LA COMTESSEDu sang du Sarrasin.

RAIMBAUDFatal destin!

lisant

LA COMTESSE«Nous partons pour la France

LA COMTESSEEt nous suivrons, je pense,

LA COMTESSEA deux jours de distance

LA COMTESSECe message certain.»

ALICETelle est notre espérance.

ALICEIls suivent vers la France

ALICEA deux jours de distance

ALICECe message certain.

RAIMBAUDHélas, plus d'espérance.

RAIMBAUDIls suivent vers la France

etc.

LE GOUVERNEURPour lui, plus d'espérance.

LE GOUVERNEURIls suivent vers la France

etc.

RAGONDEVous viendrez, ô seigneur Comte,

RAGONDEPartager nos transports.

LE COMTE ORYJe partage vos transports.

LA COMTESSEPartagez nos transports.

LE COMTE ORY(Sachons venger ma honte

LE COMTE ORYPar de nouveaux succès.)

à Raimbaud

LE COMTE ORYUn jour me reste encore,

LE COMTE ORYQu'il serve à mes projets.

RAIMBAUDAllons, partons.

RAIMBAUDSurveillons ses projets.

LA COMTESSEQuand mon coeur tremble encore

LA COMTESSEDe ses affreux projets,

LA COMTESSECelui que seul j'adore

LA COMTESSEVa me rendre la paix.

ALICEQuand mon coeur tremble encore

ALICEDe ses affreux projets,

ALICELe frère qu'elle adore

ALICEVa lui rendre la paix.

RAGONDEQuand mon coeur tremble encore

RAGONDEDe ses affreux projets,

RAGONDEL'époux que seul j'adore

RAGONDEVa me rendre la paix.

SES COMPAGNONS(Un jour me/nous reste encore,

SES COMPAGNONSQu'il serve à nos projets.)

LE CHOEURHélas! je tremble encore

LE CHOEURDe ses affreux projets.

LE COMTE ORYVenez, amis, retirons-nous

LE COMTE ORYEt dans notre retraite

LE COMTE ORYAssurons ma conquête

LE COMTE ORYEt du destin bravons les coups.

LE COMTE ORYLa nuit,

LE COMTE ORYsans bruit,

LE COMTE ORYSachons en dépit des jaloux

LE COMTE ORYDu sort braver les coups.

ISOLIERA tout ce qu'il projette

ISOLIERAvec adresse opposons-nous.

ISOLIERSachons parer ses coups.

LA COMTESSEDéjà le sort dans sa rigueur

LA COMTESSEN'a plus rien qui m'alarme.

LA COMTESSEUn espoir plein de charme

LA COMTESSEDéjà fait battre mon coeur.

LA COMTESSEDéjà l'espoir fait palpiter mon coeur

LA COMTESSEDe joie et de bonheur.

RAGONDECelui qui sut toucher mon coeur

RAGONDEVa me rendre au bonheur.

RAGONDEJe sens (déjà) battre mon coeur,

RAGONDED'amour et de bonheur.

RAIMBAUDAllons, sortons,

RAIMBAUDAllons avec prudence.

RAIMBAUDMéditer en silence

RAIMBAUDEt de notre vengeance

RAIMBAUDLe succès est certain.

RAIMBAUDBravons le seigneur châtelain.

LE GOUVERNEURRepartons en silence.

LE GOUVERNEURIl faut avec prudence

LE GOUVERNEUREviter la vengeance

LE GOUVERNEURDu seigneur châtelain.

LE GOUVERNEURJe crains le seigneur châtelain.

LE COMTE ORYAllons, sortons!

LES DAMESAllons, rentrons.

LE CHŒURAux chants de la victoire

LE CHŒURAllons mêler nos voix.

LE CHŒURDes preux chantons la gloire

LE CHŒUREt les brillants exploits.

LE CHŒURChantons tous leurs exploits!

RAIMBAUDSachons par la victoire

RAIMBAUDAssurer tous nos droits.

RAIMBAUDOn trouve aussi la gloire

RAIMBAUDDans nos galants exploits.

RAIMBAUDPartons, on parlera de nos exploits.

SES COMPAGNONSSachons par la victoire

SES COMPAGNONSLes soumettre à nos lois.

SES COMPAGNONSOn trouve aussi la gloire

SES COMPAGNONSDans nos galants exploits.

SES COMPAGNONSPartons, on parlera de nos exploits.

LE COMTE ORYVenez amis, retirons-nous

etc.

SYSTEMACTE DEUXIÈME

SYSTEMSCÈNE PREMIÈRE

SYSTEMN° 6 - Introduction

La chambre à coucher de la Comtesse. A gauche, un lit de repos et une table sur laquelle brûle une lampe. A droite, une croisée sur le premier plan.

La Comtesse est entourée de Dame Ragonde et des dames de sa suite,

occupées à des ouvrages de femmes.

LA COMTESSEDans ce séjour calme et tranquille

LA COMTESSES'écoulent nos jours innocents;

LA COMTESSEEl nous bravons dans cet asile

LA COMTESSELes entreprises des méchants.

LES DAMESEt nous bravons dans cet asile

LES DAMESLes entreprises des méchants,

assise et brodant une écharpe

LA COMTESSEJe tremble encore quand j'y pense;

LA COMTESSEQuel homme que ce comte Oryl

LA COMTESSEDe la vertu, de l'innocence

LA COMTESSEC'est le plus terrible ennemi.

RAGONDEC'est le nôtre... Dieul quelle audace!

RAGONDED'un saint homme prendre la place!

RAGONDEEt me parler de mon mari!

LA COMTESSEPar bonheur nous pouvons sans crainte

LA COMTESSELe défier dans cettte enceinte

LA COMTESSEOui nous protège contre lui.

LA COMTESSEDans ce séjour

etc.

LES DAMESEt nous bravons dans cet asile

LES DAMESLes entreprises des méchants.

L'orage qui avait commencé à gronder se fait entendre avec plus de

force.

LES DAMESEcoutez!... le ciel gronde.

LA COMTESSEOui, la grêle et la pluie

LA COMTESSEEbranlent les vitraux de ce noble castel.

LA COMTESSED'effroi je suis saisie.

LA COMTESSERAGONDE, puis LES DAMES

LA COMTESSEApaise ton courroux,

LA COMTESSEGrand Dieu, protège-nous.

RAGONDENous sommes à l'abri!...

RAGONDEQue je rends grâce au ciel!

LA COMTESSEEt moi, lorsque l'orage éclate avec furie,

LA COMTESSEAu fond du coeur combien je plains

LA COMTESSELe sort des pauvres pèlerines!

On entend alors des voix provenant du dehors.

VOIXNoble châtelaine,

VOIXVoyez notre peine;

VOIXEt dans ce domaine,

VOIXDame de bonté,

VOIXPour fuir la disgrâce

VOIXDont on nous menace,

VOIXDonnez-nous, par grâce,

VOIXL'hospitalité.

LA COMTESSEVoyez gai ce peut être,

LA COMTESSEet qui frappe à cette heure.

LA COMTESSEJamais le malheureux

LA COMTESSEqui vient nous supplier

LA COMTESSEN'a de cette antique demeure

LA COMTESSEImploré vainement le toit hospitalier.

L'orage redouble.

LA COMTESSEGrand Dieu! dans ta bonté suprême,

LA COMTESSEApaise cet orage affreux!

LA COMTESSEEn ce moment celui/l'époux que j'aime

LA COMTESSEEst peut-être aussi malheureux.

VOIXNoble chatelaine,

etc.

Dame Ragonde sort.

SYSTEMSCÈNE DEUXIÈME

qui revient avec un air agité

RAGONDEQuand tomberont sur lui les vengeances divines?

RAGONDEQuelle horreur!

LA COMTESSEQu'avez-vous?

RAGONDEDieu! quel crime inouï!

LA COMTESSEMais qu'est-ce donc?

RAGONDEEncore on trait du comte Ory.

RAGONDEDe malheureuses pèlerines

RAGONDEQui, fuyant sa poursuite, et cherchant un abri,

RAGONDEPour la nuit seulement demandent un asile.

LA COMTESSEQue nos secours leur soient offerte!

RAGONDEJ'ai prévenu vos vœux! Ce soin m'était facile.

RAGONDEOn aime à compatir one maux qu'on a soufferts...

LA COMTESSECes dames sont-elles nombreuses?

RAGONDEQuatorze.

LA COMTESSEC'est beaucoup!

RAGONDEMais quel air! quel maintien!

LA COMTESSELeur âge?

RAGONDEQuarante ans.

LA COMTESSELeurs figures?

RAGONDEAffreuses!

RAGONDECe comte Ory n'a peur de rien.

RAGONDEJe les ai fait entrer au parloir en silence.

RAGONDEElles tremblaient encore de froid et de frayeur.

RAGONDEL'une d'elles pourtant, dans sa reconnaissance,

RAGONDEDe nous voir un instant demande la faveur.

RAGONDEMais c'est elle, je pense: Elle approche.

LA COMTESSEC'est bien.

LA COMTESSELaissez-nous un instant.

au comte Ory, qui paraît en pèlerine et les yeux baissés

RAGONDEEntrez, ne craignez rien.

Toutes les dames sortent

LA COMTESSERagonde avait raison, quel modeste maintien!

LA COMTESSEApprochez, approchez, Madame.

SYSTEMSCÈNE TROISIÈME

SYSTEMN° 7 - Duo

LE COMTE ORYAh! quel respect, Madame,

LE COMTE ORYPour vos vertus m'enflamme:

LE COMTE ORYSouffrez que de mon âme

LE COMTE ORYJ'exprime ici l'ardeur!

LA COMTESSEL'ardeur?

LE COMTE ORYVotre prudence,

LE COMTE ORYVotre obligeance

LE COMTE ORYNous a sauvé l'honneur.

LA COMTESSEJe suis heureuse et fière

LA COMTESSED'avoir d'un téméraire

LA COMTESSESoustrait à la colère

LA COMTESSEUne vertu si chère.

LE COMTE ORYVertu!

LA COMTESSEOui, je suis fière

LA COMTESSEQu'à sa colère

LA COMTESSEEchappent tant d'attraits.

LE COMTE ORYEn mon cour rien n'efface

LE COMTE ORYTant de charme et de grâce.

prenant sa main

LE COMTE ORYCelle main que j'embrasse

LE COMTE ORYVous l'atteste à jamais.

LA COMTESSEQue faites-vous? Ah, de grâce!

LE COMTE ORYDe ma reconnaissance,

LE COMTE ORYQuoi! l'excès vous offense!

LE COMTE ORYEt sans votre assistance,

LE COMTE ORYHélas! lorsque j'y pense...

LE COMTE ORYQuel était entre sort!...

LE COMTE ORYD'effroi j'en tremble encor!...

avec bonté, et lui tendant la main

LA COMTESSECalmez, calmez votre âme.

pressant sa main sur ses lèvres

LE COMTE ORYAh! Madame!

souriant

LA COMTESSEQuel excès de frayeur!

LA COMTESSE(Ah, quel excès d'ivresse,

LA COMTESSED'où vient celle tendresse?

LA COMTESSEPourquoi celle tendresse?

LA COMTESSELu crainte encor l'oppresse.)

LA COMTESSEQuoique si près de lui,

LA COMTESSEAh! vous pouvez sans crainte ici

LA COMTESSEBraver le comte Ory.

LE COMTE ORY(Il faut avec adresse

LE COMTE ORYModérer ma tendresse;

LE COMTE ORYDe quelle douce ivresse

LE COMTE ORYMalgré moi j'ai frémi!)

LE COMTE ORYQuoi, vous osez sans crainte ici

LE COMTE ORYBraver le comte Ory?

LE COMTE ORYOn le dit téméraire.

LA COMTESSEJe brave sa colère.

LE COMTE ORYOn prétend qu'il vous aime.

LA COMTESSEAh!... Quelle audace extrême!

LE COMTE ORYPour obtenir au grâce

LE COMTE ORYS'il tombait à vos genoux,

LE COMTE ORYMadame, que feriez-vous?

LA COMTESSED'une pareille audace

LA COMTESSELa honte et le mépris

LA COMTESSESeraient le prix.

LA COMTESSECe téméraire

LA COMTESSEQui croit nous plaire,

LA COMTESSEEn vain espère

LA COMTESSEÊtre vainqueur.

LA COMTESSEMoi je préfère

LA COMTESSEL'amant sincère

LA COMTESSEQui sait nous faire

LA COMTESSESa tendre ardeur...

LA COMTESSEMais on doit rire

LA COMTESSEDu faux délire

LA COMTESSEEt du martyre

LA COMTESSED'un séducteur.

LA COMTESSECe téméraire

LA COMTESSEQui croit nous plaire,

LA COMTESSEEn vain espère

LA COMTESSEÊtre vainqueur,

LA COMTESSESéduire mon coeur.

LE COMTE ORY(Beauté si fière,

LE COMTE ORYPrude, sévère,

LE COMTE ORYBientôt j'espère

LE COMTE ORYToucher ton coeur.

LE COMTE ORYJe ris d'avance

LE COMTE ORYDe sa défense,

LE COMTE ORYLa résistance

LE COMTE ORYEst de rigueur...

LE COMTE ORYPuis l'heure arrive

LE COMTE ORYOù la captive,

LE COMTE ORYFaible et plaintive,

LE COMTE ORYCède au vainqueur.

LE COMTE ORYBeauté si fière,

LE COMTE ORYPrude, sévère,

LE COMTE ORYBientôt j'espère

LE COMTE ORYÊtre vainqueur,

LE COMTE ORYToucher ton coeur.)

LA COMTESSEEn confiance

LA COMTESSEOn peut d'avance

LA COMTESSEBraver, je pense,

LA COMTESSESon insolence.

LE COMTE ORYIl faut, d'avance,

LE COMTE ORYÊtre en défense;

LE COMTE ORYLa confiance

LE COMTE ORYN'est pas prudence.

LA COMTESSECe téméraire,

etc.

LA COMTESSE…

LA COMTESSEToucher mon coeur.

LE COMTE ORYPour se venger,

LE COMTE ORYCe séducteur

LE COMTE ORYSaura bientôt

LE COMTE ORYToucher ton cœur.

LE COMTE ORY(En vain tu ris

LE COMTE ORYDe mon ardeur,

LE COMTE ORYJ'espère encore

LE COMTE ORYÊtre vainqueur

LE COMTE ORYOui, l'amour

LE COMTE ORYMe promet le bonheur.)

LA COMTESSEVoici vos compagnes fidèles.

se reprenant

LE COMTE ORYJe les entends... ce sont eux... ce sont elles!

regardant vers le fond

LE COMTE ORY(Mes chevaliers! sous ces humbles habits!)

LA COMTESSEJ'ordonne qu'en vous serve

LA COMTESSEet du lait et des fruits.

LE COMTE ORYQuelle bonté céleste!

Il baise avec respect la main de la Comtesse, qui sort en le regardant avec intérêt.

LE COMTE ORYL'ordinaire est frugal et le repas modeste

LE COMTE ORYPour d'aussi nobles appétits.

SYSTEMSCÈNE QUATRIÈME

SYSTEMN° 8 - Choeur

Entrent le Gouverneur et onze chevaliers, vêtus d'une pèlerine qui est entrouverte et laisse apercevoir leurs habits de chevaliers.

SES COMPAGNONSAh! la bonne folie!

SES COMPAGNONSC'est charmant, c'est divin!

SES COMPAGNONSLe plaisir nous convie

SES COMPAGNONSA ce joyeux festin.

LE COMTE ORYL'aventure est jolie,

LE COMTE ORYN'est-ce pas vrai?…Monsieur mon gouverneur?

LE GOUVERNEURJe pense comme Monseigneur.

LE GOUVERNEURMais si le Duc...

LE COMTE ORYMon père...

LE GOUVERNEURApprend cette folie,

LE GOUVERNEURMa place me sera ravie!

LE GOUVERNEURIl faut donc prendre garde.

LE COMTE ORYEh! mais, c'est ton emploi;

LE COMTE ORYTu veilleras pour nous,

LE COMTE ORYet nous rirons pour toi.

LE COMTE ORYRien ne nous manquera, je pense;

LE COMTE ORYCar sagement j'ai su choisir

LE COMTE ORYMes compagnons, pour le plaisir,

LE COMTE ORYMon gouverneur, pour la prudence.

LE GOUVERNEURQui peut vous inspirer pareille extravagance?

LE COMTE ORYC'est mon page Isolier... mon rival...

LE GOUVERNEURL'imprudent!

LE COMTE ORY… Qui, ne connaissant point l'objet de ma tendresse,

LE COMTE ORYM'a conseillé tantôt un tel déguisement

LE COMTE ORYPour mieux enlever sa maîtresse.

LE GOUVERNEUREt le ciel le punit.

LE COMTE ORYEn me récompensant.

SES COMPAGNONSOh! la bonne folie!

etc.

Ils se mettent à table.

LE GOUVERNEUREh! mais quelle triste observance!

LE GOUVERNEURRien que du laitage et des fruits.

LE COMTE ORYC'est le repas de l'innocence,

LE COMTE ORYMesdames.

LE COMTE ORYLE GOUVERNEUR, puis LE CHOEUR

LE COMTE ORYPoint de vin!...

SYSTEMSCÈNE CINQUIÈME

LE COMTE ORY(Arrive Raimbaud, tenant un panier sous son manteau de pèlerine.)

RAIMBAUDEn voici, mes amie.

se levant

LE CHOEURC'est Raimbaud!

RAIMBAUDEn héros j'ai tenté l'aventure,

RAIMBAUDEt je viens avec vous partager ma capture.

RAIMBAUDApprochez. Ecoutez

RAIMBAUDLe récit des exploits que peur vous j'ai tentés.

SYSTEMN° 9 - Air

RAIMBAUDDans ce lieu solitaire,

RAIMBAUDPropice au doux mystère,

RAIMBAUDMoi, qui n'ai rien à faire,

RAIMBAUDJe m'étais endormi.

RAIMBAUDDans mon âme indécise,

RAIMBAUDCertain goût d'entreprise

RAIMBAUDQue l'exemple autorise

RAIMBAUDVient m'éveiller aussi.

LE CHOEURQuoi! Raimbaud s'en mêle aussi!

RAIMBAUDC'est le seul moyen d'être

RAIMBAUDDigne d'un pareil maître,

RAIMBAUDEt je veux reconnaître

RAIMBAUDCe manoir en détail!

RAIMBAUDJe pars.., je m'oriente;

RAIMBAUDA mes yeux se présente

RAIMBAUDUne chambre élégante,

RAIMBAUDC'est celle du travail.

LE CHOEUREt quel est ce travail?

RAIMBAUDUne harpe jolie...

RAIMBAUDDe la tapisserie;

RAIMBAUDPrès de la broderie

RAIMBAUDJ'aperçois un roman!

RAIMBAUDMême en une chambrette,

RAIMBAUDJ'ai, dans une cachette,

RAIMBAUDCru voir l'historiette

RAIMBAUDDu beau Tyran-le-Blanc!

LE CHOEURQuoi, vraiment, un roman!

RAIMBAUDJe sors de l'oratoire

RAIMBAUDEt j'entre au réfectoire

RAIMBAUDOù rien ne me fait croire

RAIMBAUDA l'espoir d'un festin.

RAIMBAUDMarchant à l'aventure

RAIMBAUDSous une voûte obscure,

RAIMBAUDJ'entrevois l'ouverture

RAIMBAUDD'un affreux souterrain.

LE CHOEURUn affreux souterrain!

RAIMBAUDUne beauté naïve

RAIMBAUDPeut y gémir, captive.

RAIMBAUDJe m'élance et j'arrive

RAIMBAUDDans un vaste cellier

RAIMBAUDDont l'étendue immense

RAIMBAUDEt la bonne apparence

RAIMBAUDAttestent la prudence

RAIMBAUDDu sire de Formoutiers.

LE CHOEURPouvait-on mieux tomber?

RAIMBAUDArsenal redoutable,

RAIMBAUDQui fait qu'on puise à table

RAIMBAUDUn courage indomptable

RAIMBAUDContre le Sarrasin.

RAIMBAUDArmée immense et belle,

RAIMBAUDD'une espèce nouvelle,

RAIMBAUDPlus à craindre que celle

RAIMBAUDDu sultan Saladin...

LE CHOEURC'est charmant, c'est divin!

RAIMBAUDPrès des vins de Touraine,

RAIMBAUDJe vois ceux d'Aquitaine:

RAIMBAUDEt ma vue incertaine

RAIMBAUDS'égare on les comptant.

RAIMBAUDLà, je vois l'Allemagne;

RAIMBAUDIci, brille l'Espagne;

RAIMBAUDLà, frémit le Champagne

RAIMBAUDDu joug impatient.

LE CHOEURC'est divin, c'est charmant!

RAIMBAUDJ'hésite... ô trouble extrême!

RAIMBAUDÔ doux péril que j'aime!

RAIMBAUDEt seul, avec moi-même,

RAIMBAUDContre tant d'ennemis,

RAIMBAUDAu hasard, je m'élance.

RAIMBAUDSans compter, je commence,

RAIMBAUDJ'attaque avec vaillance

RAIMBAUDA la fois vingt pays.

RAIMBAUDQuelle conquête

RAIMBAUDPour moi s'apprête!...

RAIMBAUDMais je m'arrête,

RAIMBAUDJ'entends du bruit.

RAIMBAUDQuelqu'un s'avance,

RAIMBAUDVers moi s'élance!

RAIMBAUDDe notre course

RAIMBAUDLes murs frémissent,

RAIMBAUDIls retentissent,

RAIMBAUDOn me poursuit.

RAIMBAUDOn crie: arrête!

RAIMBAUDArrête.., arrête!

RAIMBAUDL'écho répète

RAIMBAUDCes cris d'alarme,

RAIMBAUDJe fuis soudain.

RAIMBAUDQuel jour de fête

RAIMBAUDÔ mes amis!

RAIMBAUDDe ma conquête

RAIMBAUDVoilà (tous) les fruits.

LE CHOEURDe sa conquête

LE CHOEURPrenons les fruits.

RAIMBAUDOn crie: arrête!

RAIMBAUDL'écho répète,

RAIMBAUDEt leurs pas et leurs cris...

RAIMBAUDLes murs frémissent

RAIMBAUDEt retentissent

RAIMBAUDSous le bruit de leurs pas;

RAIMBAUDQuelqu'un s'avance,

RAIMBAUDVers moi s'élance,

RAIMBAUDMais je ne l'attends pas.

RAIMBAUDQuel jour de fête

etc.

LE COMTE ORYDu fruit de sa victoire

LE COMTE ORYIl fait hommage à l'amitié.

LE COMTE ORYDans sa conquête et dans sa gloire

LE COMTE ORYSoyons tous de moitié.

SYSTEMN° 10 - Choeur

ôtant les bouteilles du panier

SES COMPAGNONSBuvons, buvons soudain!

SES COMPAGNONSQu'il avait de bons vins

SES COMPAGNONSLe seigneur châtelain!

SES COMPAGNONSPendent qu'il fait la guerre

SES COMPAGNONSAu Turc, au Sarrasin;

SES COMPAGNONSA sa santé si chère

SES COMPAGNONSBuvons ce jus divin.

SES COMPAGNONSBuvons jusqu'à demain.

SES COMPAGNONSQuelle douce ambroisie!

SES COMPAGNONSCélébrons tour à tour

SES COMPAGNONSLe vin et la folie,

SES COMPAGNONSLe plaisir et l'amour

SES COMPAGNONSQu'il avait de bons vins

etc.

LE COMTE ORYOn vient... c'est la tourière!..

LE COMTE ORYSilence! taisez-vous!

LE COMTE ORYMettez-vous en prière,

LE COMTE ORYOu bien c'est fait de nous.

SYSTEMSCÈNE SIXIÈME

fermant leur pèlerine et cachant leur bouteille

TROIS COMPAGNONSToi que je révère,

TROIS COMPAGNONSEntends ma prière.

TROIS COMPAGNONSÔ Dieu tutélaire,

TROIS COMPAGNONSViens dans ta bonté

TROIS COMPAGNONSSauver l'innocence,

TROIS COMPAGNONSEt que ta puissance,

TROIS COMPAGNONSUn jour récompense

TROIS COMPAGNONSL'hospitalité!

Ragonde les regarde d'un air attendri, lève les yeux au ciel et s'éloigne.

RAIMBAUDElle a disparu,

RAIMBAUDRéparons bien le temps perdu.

SES COMPAGNONSBuvons, buvons soudain!

etc.

LE COMTE ORYElle revient... silence!

SYSTEMSCÈNE SEPTIÈME

La Comtesse arrive avec plusieurs femmes portant des flambeaux.

LA COMTESSE(Quel doue recueillement! combien je les admire!)

au Comte et aux chevaliers

LA COMTESSEDu repos voice le moment.

LA COMTESSEQue chacune de vos, Mesdames, se retire

LA COMTESSEDans son appartement.

LE COMTE ORYAdieu, noble Comtesse.., ah! si le ciel m'entend,

LE COMTE ORYBientôt viendra l'instant, peut-être,

LE COMTE ORYOù je pourrai vous faire connaître

LE COMTE ORYCe qu'éprouve pour vous mon coeur reconnaissant.

Le Comte et les chevaliers prennent les flambeaux des mains des dames, et se retirent.

SYSTEMSCÈNE HUITIÈME

commençant à défaire son voile

LA COMTESSEOui, c'est une bonne oeuvre

LA COMTESSEet qui, dans notre zèle,

LA COMTESSEDoit nous porter bonheur.

LA COMTESSEOn sonne à la tourelle,

LA COMTESSEQui vient encore?

regardant par la fenêtre

RAGONDEUn page.

LA COMTESSEUn page dans ces lieux,

LA COMTESSEDont l'enceinte est pas nous aux hommes interdite!

LA COMTESSEJe veux savoir quel est l'audacieux...

SYSTEMSCÈNE NEUVIÈME

ISOLIERC'est moi, belle cousine, et point je ne mérite

ISOLIERLe fier courroux qui brille en vos beaux yeux.

LA COMTESSEQui vous amène ici?

ISOLIERLe Duc, mon maître.

ISOLIERIl m'a chargé de vous faire connaître

ISOLIERA ces dames, à vous, qu'aujourd'hui, cette nuit,

ISOLIERLeurs maris, notre frère, arrivent à minuit.

LA COMTESSEQuoi! nos maris.., bonté divine!...

ISOLIERIls reviennent de Palestine

ISOLIEREt veulent en secret vous surprendre ce soir.

LA COMTESSEAh! cet heureux retour comble tout notre espoir!

ISOLIERLe Duc le croit aussi; mais il pense en son âme

ISOLIERQu'un mari bien prudent prévient toujours sa femme.

ISOLIERUn bonheur trop subit peut être dangereux.

RAGONDEQuoi! nos maris enfin reviennent dans ces lieux!

RAGONDEAh! le ciel les devait à nos vives tendresses.

RAGONDEJe cours en prévenir nos aimables hôtesses.

l'arrêtant

ISOLIEREt qui donc?

RAGONDEQuatorze vertus…

RAGONDEQue le comte Ory, votre maître,

RAGONDEPoursuivait.

ISOLIERDe terreur tous mes sens sont émus.

ISOLIERAchevez… ce sont peut-être

ISOLIERDes pèlerines?

RAGONDEOui, vraiment.

ISOLIERC'est fait de nous... Sous ce déguisement

ISOLIERVous avez accueilli le comte Ory lui-même,

ISOLIEREt tous ses chevaliers.

RAGONDEÔ ciel!

LA COMTESSETerreur extrême!

RAGONDEQue dire à mon mari, trouvant en ses foyers

RAGONDESa chaste épouse avec quatorze chevaliers?

LA COMTESSEHélas! à quel péril sommes-nous réservées?

ISOLIERUne heure seulement, et vous êtes sauvées.

ISOLIEROn va nous secourir... Il faut gagner du temps.

LA COMTESSEHélas! hélas! je tremble!

LA COMTESSEPlus terrible à lui seul que les autres ensemble,

LA COMTESSECe comte Ory… le voici… je l'entends.

Toutes les dames s'enfuient en poussant un grand cri. lsolier va souffler la lampe qui est sur le guéridon, puis, s'enveloppant du voile que la Comtesse vient de quitter, il se place sur le canapé et fait signe à la Comtesse de s'approcher de lui.

ISOLIERNe craignez rien. Au péril de ma vie

ISOLIERJe vous défendrai contre tous.

LA COMTESSED'effroi je suis toute saisie.

ISOLIERDame tant chérie, âme de ma vie,

ISOLIERNe craignez rien, je suis auprès de vous.

SYSTEMSCÈNE DIXIÈME

SYSTEMN°11 - Trio

LE COMTE ORYA la faveur de cette nuit obscure,

LE COMTE ORYAvançons-nous, et sans la réveiller,

LE COMTE ORYIl taut céder au tourment que j'endure;

LE COMTE ORYAmour me berce, et ne puis sommeiller.

LE COMTE ORYD'amour et d'espérance

LE COMTE ORYJe sens battre mon coeur;

LE COMTE ORYLa nuit et le silence

LE COMTE ORYAssurent mon bonheur.

ISOLIERDe crainte et d'espérance

ISOLIERJe sens battre mon coeur.

ISOLIERLa nuit et le silence

ISOLIERRedoublent son erreur.

cachée par Isolier

LA COMTESSEDe crainte et d'espérance

LA COMTESSEJe sens battre mon coeur;

LA COMTESSELa nuit et le silence

LA COMTESSERedoublent ma frayeur.

bas, à la Comtesse

ISOLIERParlez-lui.

LA COMTESSEQui va là?

LE COMTE ORYC'est moi: c'est sœur Colette.

LE COMTE ORYSeule, et dans cette chambre ou je ne puis dormir,

LE COMTE ORYTout me trouble, tout m'inquiète.

LE COMTE ORYJ'ai peur... permettez-moi... près de vous... de venir.

LE COMTE ORYISOLIER, puis LA COMTESSE

LE COMTE ORY(Ah! quelle perfidie!)

avançant près d'Isolier qu'il prend pour la comtesse Adèle

LE COMTE ORYÔ moments pleins de charmes!

LE COMTE ORYQuand on est deux, on a moins peur.

ISOLIER(Oui, lorsqu'on est deux!)

prenant la main d'Isolier, qui prend celle de la comtesse Adèle

LE COMTE ORYAh! je n'ai plus d'alarmes.

LA COMTESSEQue faites-vous?

pressant la main d'lsolier

LE COMTE ORYPour moi, plus de frayeur!

LE COMTE ORYQuand cette main est sur mon coeur.

Il presse ma main sur son coeur.

à la Comtesse

ISOLIERBeauté sévère,

ISOLIERLaissez-le faire;

ISOLIERSon bonheur ne vous coûte rien.

LE COMTE ORY(Grand Dieu! quel bonheur est le mien!)

LE COMTE ORYD'amour et d'espérance,

etc.

ISOLIERDe crainte et d'espérance,

etc.

LA COMTESSEDe crainte et d'espérance,

etc.

LA COMTESSEMaintenant, je vous supplie,

LA COMTESSESoeur Colette, rentrez chez vous.

à lsolier

LE COMTE ORYVous quitter... c'est perdre la vie ...

LE COMTE ORYOui, je demeure à vos genoux.

LA COMTESSEJe tremble, ô ciel! Que faites-vous?

se démasquant

LE COMTE ORYSachez le feu qui me dévore!

LE COMTE ORYC'est un amant qui vous implore.

LA COMTESSEAh! grand Dieu! quelle trahison!

LE COMTE ORYL'amour qui trouble ma raison

LE COMTE ORYDoit me mériter mon pardon.

à Isolier qui veut se lever

LE COMTE ORYNe m'ôtez point, je la réclame,

LE COMTE ORYCette main que ma vive flamme...

LA COMTESSEAh! comme vous mv pressez!

LA COMTESSELaissez-moi.

embrassant lsolier

LE COMTE ORYVrai Dieu! Madame,

LE COMTE ORYPeut-on vous aimer assez?

En ce moment un bruit de clairons retentit â la porte du château. Les femmes de la Comtesse se précipitent dans l'appartement en tenant des flambeaux.

LE COMTE ORYLA COMTESSE, puis LE COMTE ORY, puis ISOLIER

LE COMTE ORYJ'entends d'ici le bruit des armes,

LE COMTE ORYLe clairon vient du retentir.

LA COMTESSEPlus de frayeur et plus d'alarmes,

LA COMTESSEOn vient enfin nous secourir.

LA COMTESSEJ'entends d'ici le bruit

etc.

LE COMTE ORYA quel danger faut-il courir?

LE COMTE ORYJ'entends d'ici le bruit

etc.

LE COMTE ORYFaut-il quitter autant de charmes?

LE COMTE ORYLA COMTESSE, puis LE COMTE ORY, puis ISOLIER

LE COMTE ORYJ'entends d'ici le bruit

etc.

LE COMTE ORYÔ ciel! quel est ce bruit?

jetant son voile

ISOLIERL'heure de la retraite.

ISOLIERCar il faut partir, Monseigneur.

le reconnaissant

LE COMTE ORYC'est mon page Isolier!

ISOLIERCelui que soeur Colette

ISOLIEREmbrassait avec tant d'ardeur.

LE COMTE ORYJe suis trahi! crains ma colère!

ISOLIERCraignez celle de votre père!

ISOLIERIl arrive dans ce castel.

ISOLIEREntendez-vous ces cris de joie?

LE COMTE ORYÔ ciel!

SYSTEMSCÈNE ONZIÈME

LA COMTESSEVous qui faisiez la guerre aux femmes,

LA COMTESSEVous voilà donc mes prisonniers!

LE COMTE ORYOui, nous sommes vaincus! à tes pieds, noble dame,

LE COMTE ORYJe demande merci pour tous mes chevaliers.

LE COMTE ORYPour leur rançon, qu'exigez-vous?

LA COMTESSEUn gage: votre départ!... évitez le courroux

LA COMTESSEDe leurs maris.

ISOLIERPar un secret passage

ISOLIERJe vais guider vos pas, et votre page

ISOLIERFermera la porte sur vous.

LE COMTE ORYC'est lui qui nous a joués tous.

SYSTEMN° 12 - Finale

LA COMTESSEEcoutez ces chants de victoire...

LA COMTESSECe sont de braves chevaliers

LA COMTESSEQue l'amour ainsi que la gloire

LA COMTESSEOnt ramenés dans leurs foyers.

LE COMTE ORYA l'hymen cédons victoire,

LE COMTE ORYEt qu'il rentre dans ses foyers.

LE COMTE ORYQuittons ces lieux hospitaliers.

SES COMPAGNONSQuittons ces lieux hospitaliers.

Isolier ouvre à gauche une porte secrète par laquelle le comte Ory et ses chevaliers disparaissent En ce moment s'ouvrent les portes du fond.

Le Duc et les chevaliers revenant de la Palestine entrent, précédés de leurs écuyers, qui portent des étendards et des faisceaux d'armes.

Dame Ragonde et les autres femmes se précipitent dans les bras de leurs maris, et la Comtesse dans ceux de son frère; puis Isolier va baiser la main du comte de Formoutiers, qui le relève et l'embrasse pendant le choeur suivant.

TOUSHonneur aux fils de la victoire,

TOUSHonneur aux braves chevaliers,

TOUSQue l'amour ainsi que la gloire

TOUSOnt ramenés dans leurs foyers!