Gazelles

X. Leroux

Quand Medjnoun, loin de Léïla,

Dans les déserts s'en alla,

Au piége il prit mainte gazelle,

Et la voyant, dit: voilà

Comme les yeux sont doux chez Elle.

Puis l'ayant prise, il délivrait

La mignonne au fin jarret,

Et suivait ses bonds dans l'espace,

En pensant: tel est l'attrait

De Léïla quand elle passe.

Et quand un chasseur s'avançait

Qui, pour égorger, chassait,

Il lui criait: Va-t-en, blasphème!

Tuer des gazelles, c'est

Comme la tuer elle-même.

Au désert, moi, si j'avais fui,

Ce qui vaincrait mon ennui

Ce serait le lion qui gronde;

Car je me dirais: c'est Lui

Dont résonne la voix profonde.

Puis j'irais à l'antre écarté

Qu'il dévaste en liberté,

Pour y contempler son œil mâle,

Où je verrais la fierté

De l'œil de mon cavalier pâle.

Et s'il avait soif, j'offrirais,

Pour l'abreuver, mon sang frais,

Tàchant d'oublier dans sa gueule,

Combien l'autre manque auprès

De ma passion toujours seule.