Le Nil
X. Leroux
Etouffez-moi sous des tas de murailles,
Se criblant d'yeux pour m'observer;
De mon amour chantez les funérailles.
Mon rêve est là pour vous braver.
Les eaux du Nil, toutes pâles, s'écoulent,
Sous les étoiles de la nuit.
Des sphinx, aux bords, sur deux rangs se déroulent.
Au milieu, notre barque fuit.
Le bien-aimé, s'accoudant sur la proue,
Laisse errer sur moi son œil doux;
Moi, renversant la tête, je secoue
Mes cheveux d'or sur ses genoux.
Et les grands sphinx, dans la plaine infinie,
Nous regardant passer près d'eux,
Confusément versent une harmonie
Qui tombe en amour sur nous deux.
Les eaux du Nil coulent, les roseaux tremblent;
Dans notre barque nous glissons.
Les chants des sphinx, perdus dans l'ombre, semblent
Des harpes prolongeant leurs sons.
Et nous mêlons notre amour à l'eau pâle,
Au firmament illimité...
-- Rêve impuissant! enfer d'un cœur qui râle,
Seul, par les molles nuits d'été!