Le délire
X. Leroux
Le marchand de perles m'a dit:
Ton front veut-il une couronne?
Tout mon bazar qui resplendit,
Pour ta prunelle, je le donne.
Le marchand de roses reprit:
Laisse les perles chez l'orfèvre;
Tout mon royaume qui fleurit,
Je l'échange contre ta lèvre.
Le poète au rêve étoilé
Dit à son tour: vivante flamme,
De ton cœur donne-moi la clé,
Et dans mes chants je te proclame.
Mais que m'importe aucun trésor?
Je garde cœur, lèvre et prunelle
Pour quelqu'un n'ayant pas encor
Soupçonné ma plainte éternelle.
Perles, roses, vers, à mes yeux,
Cela ne vaut pas un grain d'orge.
Du bien-aimé j'aimerais mieux
Que l'étrier broyât ma gorge.