Marche Romané
A. Georges
La route est faite pour aller,
Puisqu'elle est plate.
La route est faite pour rouler,
Puisqu'elle est ronde.
As-tu jamais vu le soleil
Dire: "je suis las!"
As-tu jamais vu sous un toit
Dormir la lune?
Entends dans l'écorce des arbres
Courir la sève
Entends dans le cœur des rochers
Filtrer l'eau claire.
Dans ceux-là, qui sont immobiles,
Pourtant tout marche;
Et toi qui as les deux pieds libres
Tu ferais halte!
Mais quand tu dors, tes pieds eux-mêmes
Ne dorment pas.
Ils t'emmènent dans le joyeux
Pays des rêves.
L'eau qui s'arrête, c'est de la glace,
C'est pour mourir.
Le corps vivant qui reste en place
Les vers le mangent.
Si quelqu'un enfermait le vent
Entre les murs,
Le vent se ferait mal au cœur
Tant il puerait.
Si ta sueur au même endroit
Tombe toujours,
Elle y creuse à la longue un trox
Pour t'enterrer.
Mieux vaut vivre assis que couché,
Debout qu'assis;
Et quand on est debout l'on marche,
Car le sang bat.
Le sang bat, pris d'amour subit
Pour l'horizon,
Qui la-bas ouvre en souriant
Ses lèvres roses.
Vois-tu comme il fuit et t'appelle?
Cours après lui.
Son baiser est loin; mais son souffle
Vient jusqu'd toi.
Cours, marche! Le nuage ne s'arrête
Que pour pleuvoir;
Et le Romané ne se fixe
Que pour pleurer.