La Douleur des choses

A. Rostand

Le tas des ronces se hérisse

En ce soir morne et douloureux.

S'entr'ouvrant là-bas, de grands creux

Ont un aspect de cicatrice.

Sur les fossés, au ras des trous,

Tournent les feuilles jaunissantes;

On croirait voir le long des sentes

Un dernier vol de moineaux roux.

D'émouvantes mélancolies

Plissent la face des étangs,

Où semble passer par instants

L'âme des rieurs ensevelies.

Du bois plein de vagues terreurs

Montent des formes affligées,

Et des larmes se sont figées

Tout au bout des saules pleureurs.