À la nuit
A. Spaeth
Douce Nuit, ton charme paisible
Du malheureux suspend les pleurs.
Nul mortel n'est insensible
A tes bienfaisantes erreurs.
Souvent dans un cœur rebelle
Tu fais naître les désirs;
Et l'amour tendre et fidèle
Te doit ses plus doux plaisirs.
Tu sais par un riant mensonge
Calmer un amant agité,
Et le consoler en songe,
D'une triste réalité.
O Nuit! pour la douleur sombre,
Et pour le plaisir d'amour,
On doit préférer ton ombre
A l éclat du plus beau jour.
Comme dans le sein d'une amie
On aime à verser sa douleur,
C'est à toi que je confie
Les premiers soupirs de mon cœur.
Cache-moi, s'il est possible,
L'objet de mon tendre effroi:
Comme moi s'il est sensible,
Qu'il soit discret comme toi.