Le ménétrier

B. Godard

Allons, ménétrier, rapelle

Les rudes accents de ta vieille;

Comme un arbitre souverain,

Majesté de tous les dimanches,

Du haut de ton trône de planches

Tu règles la joie et l'entrain.

Redis pour nous tes ritournelles;

Nos pères ne connaissent qu'elles;

Il n'est jamais de vieux refrain.

Ta loi vieille comme le monde

Nous enchaine dans une ronde

Et par le plaisir nous contraint

Tout cède à l'ardeur qu'elle inspire;

Au milieu des éclats de rire,

La volupté n'a plus de frein.

Combien de joyeuse défaites

S'achèvent au bruit de tes fêtes.

Il n'est jamais de vieux refrain.

Mais en tout, sage providence,

Ce que tu défais à la danse

Tu le répares au lutrin.

C'est le métier qui te convie

À chaque fête de la vie;

Et sans laisser prise au chagrin,

Tu vas de la noce au baptême

Toujours chantant le même thème.

Il n'est jamais de vieux refrain.