Rappelle-toi

B. Godard

Rappelle-toi, quand l'Aurore craintive

Ouvre au Soleil son palais enchanté;

Rappelle-toi, lorsque la nuit pensive

Passe en rêvant sous son voile argenté;

À l'appel du plaisir lorsque ton sein palpite,

Aux doux songes du soir lorsque l'ombre t'invite.

Écoute au fond des bois

Murmurer une voix:

Rappelle-toi.

Rappelle-toi, lorsque les destinées

M'auront de toi pour jamais séparé,

Quand le chagrin, l'exil et les années

Auront flétri ce cœur désespéré;

Songe à mon triste amour, songe à l'adieu suprême!

L'absence ni le temps ne sont rien quand on aime.

Tant que mon cœur battra,

Toujours il te dira:

Rappelle-toi.

Rappelle-toi, quand sous la froide terre

Mon cœur brisé pour toujours dormira;

Rappelle-toi, quand la fleur solitaire

Sur mon tombeau doucement s'ouvrira.

Je ne te verrai plus; mais mon âme immortelle

Reviendra près de toi comme une sœur fidèle.

Écoute, dans la nuit,

Une voix qui gémit:

Rappelle-toi.