Le sang des lys

C. Devéria

On dirait que la terre a bu le sang des lys,

Et d'un deuil éclatant voile cette hécatombe,

Car déjà la blancheur des marbres clôt la tombe

Où dorment pour longtemps ces doux ensevelis.

Je t'adore, ô pâleur des vierges trépassées,

Dans l'éblouissement des rêves amoureux,

Emportant dans l'azur les essors douloureux

De leur âme pareille aux colombes blessées!

Quel vent a flagellé l'aile que tu parais.

Doux et tremblant duvet tombé du vol des anges,

Et secoué dans l'air tes floraisons étranges

Qui font comme un printemps à l'hibernal cyprès?

Les cygnes se sont ils heurtés contre la nue,

Cherchant au cieux l'azur de leurs grands lacs fermés,

Ou Psyché, renouant ses voiles parfumés,

De ses jeunes candeurs s'est elle souvenue?

On dirait que la terre a pitié de nos morts,

Et, vierge devenue au toucher de la neige,

Suspend des floraisons le travail sacrilège

Dans ses flancs qu au repos invite le remords.

Ô neige, tu m'étreins le front sous le mystère

De ta froide splendeur, -- et comme épouvanté,

Je pense que des cieux déchus de leur clarté

Le lait d'une déesse a coulé sur la terre!