Les derviches hurleurs
C. Devéria
Les yeux vers la splendeur divine,
Des profondeurs de sa poitrine
Le vieux derviche, sombre et fou,
Tire son cri sourd: Allah hou!
En courant sur la mer immense,
Le vent hurle, Allah! ta puissance;
Le derviche aussi, comme un fou,
Hurle: Allah, Allah, Allah hou!
La mer roule sur le rivage,
La mer bondit, hurle, sauvage;
Le derviche aussi, comme un fou,
Hurle: Allah, Allah, Allah hou!
À tes pieds, ô Sultan du monde,
La foudre comme un tambour gronde.
Le derviche aussi, comme un fou,
Hurle: Allah, Allah, Allah hou!
Le torrent croule, roule, et passe,
En hurlant ton nom dans l'espace;
Le derviche aussi, comme un fou,
Hurle: Allah, Allah, Allah hou!
En face du désert en flamme,
Le lion hurle et te proclame;
Le derviche aussi, comme un fou,
Hurle: Allah, Allah, Allah hou!
Mais son extase le consume,
Il s'affaisse, il tombe, il écume;
Et, comme un ours branlant son cou,
Hurle à terre encore: Allah hou!