La petite couleuvre bleu
C. Widor
La petite couleuvre bleue
Du désir me sifflait tout bas:
«O poète, encore une lieue,
Marche vite et ne tremble pas.»
O petite couleuvre bleue
Que tes sifflements m'ont fait mal,
J'ai cheminé plus d'une lieue
Sans rencontrer mon Idéal.
Mon Idéal est une vierge
Qui jamais ne me sourira.
«Va, frappe à la prochaine auberge,
Qui sait quelle main t'ouvrira?»
Une vielle avec politesse
Ouvre la porte doucement:
«Avez-vous vu, dame l'hôtesse,
Une enfant au rire charmant?»
Elle porte, la jeune vierge,
Des perles noires au collier.
«Elle a diné là, dans l'auberge,
Avec un jeune cavalier.»
«Merci, Madame.»
«Voici l'heure
Où l'ombre tombe, entrez chez nous.»
«Merci, l'hôtesse, que je meure,
Si je dors une heure chez vous!»
Petite couleuvre menteuse,
Pourquoi m'as-tu charmé le coeur?
Oh! Dis-moi, n'est-tu pas honteuse
De me siffler ton air moqueur?
Voici que seul et sans lumière
Je reconnais le vieux chemin
Qui conduisait au cimetière.
«Marche encore et crois à demain.
Peut-etre que parmi ces marbres
Erre ton amie.»
On entend
Gémir le vent parmi les arbres
«C'est son soupir, elle t'attend.»
O petite couleuvre fausse,
Je suis las, et la nuit palit
Voici l'aube.
«Entre dans la fosse,
Pour sommeiller, c'est un bon lit;
Tu reveras de cette amie
Que tu porsuivis si longtemps.»
La terre à mon âme endormie
Est bien lourde, que faire?
«Attends»