C'en est fait
F. Hensel
C'en est fait, je succombe, ô fortune inhumaine!
J'ai perdu tout espoir de jamais te fléchir.
Hâte au moins mon trépas; quel barbare plaisir
trouves-tu dans l'horrible peine
qui, sans donner la mort, fait si long-tems souffrir!
Est-ce donc là le prix de cette flamme pure,
dont l'austère vertu n'eut jamais à rougir?
Et toi que j'ai servi jusqu'au dernier soupir,
Amour, âme de la nature,
J'ai vécu pour toi seul, et tu me fais mourir!
Contre tant de tourmens je n'ai plus qu'un asyle;
comme moi, sans soutien, j'ai vu le foible ormeau
agité par les vents, déraciné par l'eau,
tomber: alors il est tranquille.
J'espère l'être aussi dans la nuit du tombeau.