Le rocher des deux amans
F. Hensel
Le beau Fernand, prisonnier d'un roi maure,
Osait aimer la fille du vainqueur;
La belle Elzire est celle qu'il adore.
Elzire sent pour lui la même ardeur:
Filles de rois n'ont-elles pas un cœur!
Tous deux longtemps ont gardé le silence;
Mais en amour un regard est compris.
Ceux de Fernand promettaient la constance,
Et ceux d'Elzire en promettaient le prix.
Sans se rien dire ils s'étaient tout appris.
Un jour, hélas! ce couple trop sensible
S'était rendu sur d'arides côteaux,
Sous un rocher, près d'un abîme horrible,
Où deux torrens précipitent leurs eaux:
Pour des amans tous les déserts sont beaux.
Ils se juraient une amour éternelle,
Quand le roi maure, en secret informé,
Accourt suivi d'une troupe cruelle;
Par ses soldats tout chemin est fermé:
Point de pardon, ce roi n'a point aimé!
Vers le sommet de la roche effrayante
Les deux amans ont déjà pris l'essor,
Le roi les suit, Elzire palpitante
Vole au torrent, se place sur le bord:
Cœur bien épris n'a jamais craint la mort..
Arrête, arrête, ou je suis ta victime,
Dit-elle au roi, si tu fais un seul pas,
Au même instant je tombe en cet abîme
Avec l'époux que je tiens dans mes bras;
Mourir ensemble est un si doux trépas!
Le roi se trouble, il s'arrête, il balance;
Mais un barbare, un soldat furieux,
Court vers Elzire... O ciel! elle s'élance;
L'onde engloutit ces amans malheureux;
Las! ils sont morts en s'embrassant tous deux.