La fleur du souvenir
G. Alary
On m'a conté qu'en Helvétie,
Louise, une fleur à la main,
Avec Lisbeth, sa douce amie,
Un jour, s'était mise en chemin:
« Bon ermite, assis sur la pierre,
Disait-elle, dans ta prière
Souviens-toi
De moi!»
Advint qu'en sa route orageuse
Je ne sais quel pressentiment
Troubla la belle voyageuse,
Qui soupira profondément:
«Hélas! dit-elle à son amie,
Avant toi si je perds la vie,
Souviens-toi
De moi!»
Soudain l'avalanche sauvage
Roule et l'entraîne dans son sein.
Jetant alors sur le rivage
La fleur qu'elle tenait en main:
« Adieu, dit-elle, mon amie;
Garde bien cette fleur chérie;
Souviens-toi
De moi!»
Lisbeth veut suivre son amie:
Au trépas elle veut courir;
Mais on la retient à la vie:
Vivre, ah! pour elle c'est mourir.
Elle garda la fleur fidèle,
Et, depuis, cette fleur s'appelle
Souviens-toi
De moi!