Le petit frère
G. Alary
De ma sainte patrie
J'accours vous rassurer.
Sur ma tombe fleurie,
Mes sœurs, pourquoi pleurer?
Dans son affreux mystère,
La mort a des douceurs;
Je vous vois sur la terre:
Ne pleurez point, mes sœurs.
Dans les Cieux je suis ange,
Et je veille sur vous;
Ma joie est sans mélange,
Car je fus humble et doux.
Des saintes immortelles
Je suis le protégé;
Dieu m'a donné des ailes,
Mais ne m'a point changé.
Ma souffrance est passée,
Et mes pleurs sont taris;
Ma main n'est plus glacée,
Je joue et je souris;
Mon regard est le même,
Et j'ai la même voix;
Mon cœur d'ange vous aime,
Mes sœurs, comme autrefois.
J'ai la même figure
Qui charmait tant vos yeux;
La même chevelure
Orne mon front joyeux,
Mais ces boucles coupées,
Au jour de mon trépas
De vos larmes trempées,
Ne repousseront pas!
Le Ciel est ma demeure,
J'habite un palais d'or;
Nous puisons à toute heure
Dans l'éternel trésor;
Un fil impérissable
A tissé nos habits;
Nous jouons sur un sable
D'opale et de rubis.
Là-haut dans des corbeilles
Les fleurs croissent sans art
Les méchantes abeilles
Là-haut n'ont point de dard;
Les roses qu'on effeuille
Peuvent encor fleurir,
Et les fruits que l'on cueille
Ne font jamais mourir.
Les anges de mon âge
Connaissent la sommeil:
Je dors sur un nuage,
Dans un berceau vermeil;
J'ai pour rideau le voile
De la vierge d'amour;
Ma lampe est une étoile
Qui brille jusqu'au Jour.
Le soir, quand la nuit tombe,
Parmi vous je descends;
Vous pleurez sur ma tombe;
Vos larmes, je les sens.
Caché parmi les pierres
De ce funèbre lieu,
J'écoute vos prières,
Et je les porte à Dieu.
Oh! cessez votre plainte,
Ma mère, croyez-moi;
Vous serez une sainte,
Si vous gardez la foi.
C'est un mal salutaire
Que perdre un nouveau-né.
Aux larmes d'une mère
Tout sera pardonné!