La brise à la fleur

G. Rupès

Sur les bords d'un ruisseau que ride

Le souffle d'un vent parfumé,

Une fleur suave et candide

Ouvrait son calice embaumé.

Sous l'ombrage mélancolique

D'un chêne aux rameaux déjà vieux,

Zéphyr charmait la fleur pudique

Par un langage harmonieux.

Il disait: Fleur tendre

Qui vis seule au bois,

Tu pourras entendre

Une douce voix.

Ce sera l'abeille dorée

Qui viendra te prendre son miel

Et qui te dira la durée

Des choses du séjour mortel.

L'abeille, c'est l'amitié chère,

Qui partage tous nos plaisirs,

Que nous aidons et qui tempère

L'ardeur de tous nos vains désirs.

Oh! crois-moi, fleur tendre,

Qui vis seule au bois,

Tu pourras entendre

Une douce voix.

Et du papillon dont l'absence

Ne t'afflige pas en ce jour,

Ton cœur malgré son innocence

Osera désirer l'amour,

Qui sait peut-être au moment même

Où je te parle, chaste fleur,

Il en est un qui tout bas t'aime

Et garde son secret au cœur.

Oui, bientôt, fleur tendre,

Qui vis seule au bois,

Tu sauras comprendre

Cette douce voix.