Mémoires d'une rose

G. Rupès

Un matin la pauvre petite

Dans un bosquet silencieux,

Parmi la blanche clématite,

S'ouvrit aux doux rayons des cieux.

Pour la fleur qui venait d'éclore,

Combien ce souffle du printemps,

Combien cette première aurore

Avaient de charmes enivrants!

La rose à ces tendres féeries

Souriait pour s'épanouir;

Mais à ses compagnes fleuries,

Méchant, tu viens pour la ravir.

Fleur, par la brise caressée,

A ton destin rien n'est égal,

Car tu vas d'une fiancée

Embellir le bouquet de bal.

Pâle, dans la foule brillante,

La fleur au salon manquait d'air;

Elle regrettait, languissante,

Ce jour passé comme l'éclair.

Puis, dans le quadrille entrainée,

Le pied d'un danseur importun,

Foula la pauvre abandonnée,

Qui l'enivrait de son parfum.