Pastorale Languedocienne
G. Rupès
Doux agnelets, sur la tendre herbecette,
M'en vays cherchant l'object de mon amour.
Mon brave chien garde la troupelette;
Veille, Médor! jusques à mon retour.
Là-bas ay veu ma belle Janounette,
Le long du ru les flours va ramasser.
A deux genaux, lui dirai: ma fillette,
Rends moy mon cueur, mon cueur en un bayser.
Amour chéri, Jane, mon Estellette,
Ange du ciel, mon bouquet parfumé,
Laisse cueillir sur ta bouche rosette,
Un seul bayser, doulx thrésor bien aymé.
«Non, pas encor amy, va-t'en bien vite;
Le meschant loup ne craint que le berjer.
J'entends sa voix, Médor a pris la fuyte;
Va-t'en, va-t'en; à demain de bayser. »
Le lendemain, sous la verte saulée,
Triste, éperdu, seulet, désespéré,
Pauvre berjer à l'âme désolée,
Pleurait l'amy par le loup dévoré.
« Ne ploure plus, » dit la bonne Janette;
« A ta douleur ne puys rien refuser
Qu'aux pleurs amers succède la risette;
Voici mon cueur, mon cueur dans un bayser. »