Plaintes d'Aristée

G. Rupès

Le berger Aristée à la source sacrée

Vint s'asseoir à pas languissants,

Et Cyrène, sa mère adorée

Écoutait ses tristes accents.

M'entends-tu? je t'appelle! O ma mère, ô Cyrène

Que les nymphes pour moi te disent mes douleurs!

Que l'onde du Pénée auprès de moi t'emmène;

J'ai perdu mes essaims, viens les rendre à mes pleurs.

A ma mère attristée,

Écho qui sais gémir,

Viens redire Aristée,

Aristée aussi veut mourir.

Abeilles de l'Ibla, de vos ruches fécondes

Quelle furie, hélas! a détruit les travaux?

Et toi, devin Protée, en ces grottes profondes,

Viens rendre à mon espoir des oracles nouveaux!

Exauce, ô vieux Protée,

Mon suprême désir,

Ou bientôt Aristée

Aussi va mourir.

Illusions, plaisirs, êtes-vous ces abeilles,

Que les vents désastreux ont fait périr un jour?

Ah! je vous reconnais, fruits perdus de nos veilles,

Œuvres des insensés! mécomptes de l'amour!

Et notre âme emportée

Vers qui nous fait souffrir

Dit encore: Aristée

Aussi va mourir.