Le barde

Mathieu

Devant la porte, sur le pont,

Quel luth soudain résonne?

Si c'est un barde au noble front,

Qu'il entre, je l'ordonne.

Déjà le page est de retour.

Le roi dit: Ouvre au troubadour

Que l'âge aussi couronne.

Salut à vous, les fiers seigneurs,

À vous, les damoiselles!

O ciel brillant! vives splendeurs!

Que d'astres, que de belles!

Sous ces lambris si radieux,

Fermez, fermez-vous bien, mes yeux,

De peur de ne voir qu'elles.

Lors, ses yeux clos, le troubadour

Entonne un chant sonore:

Dames, barons, toute la cour

Admire, admire encore!

Mais de son col l'auguste roi

Otant sa chaîne- en fait l'octroi

Au barde qu'il honore.

Prince, un tel don ne m'est point dû:

Fais-la porter, la chaîne,

Au preux vaillant dont la vertu

Sontient l'âme hautaine!

Décores-en ton chancelier;

Et qu'il ajoute ce collier

Aux autres poids qu'il traîne!

Je chante comme fait l'oiseau

Qui n'a point de salaire:

Ainsi lui-même, libre et beau,

Le chant se rémunère.

Donc, si je puis parler encor,

Permets que dans un vase d'or

Ma soif se désaltère!

Il prend la coupe- et tout d'un trait

La vide, la secoue.

Vin généreux! ton doux attrait

M'enflamme, je l'avoue.

Béni, messires, ce haut lieu!

Dans l'allégresse- louez Dieu

Autant que je vous loue.