Le roi des aulnes

Mathieu

Si tard la nuit qui traverse le val?

Un père -- avec son enfant -- à cheval.

Il tient serré le petit dans ses bras,

Il le réchauffe et lui parle tout bas.

-- Pourquoi, mon fils, te cacher plein d'effroi?

-- Des Aulnes, père, ah! regarde le Roi,

Couronne en tête et vêtu de brocart!

-- Enfant, ce n'est qu'un mobile brouillard.

« Charmant petit, je te veux rendre heureux.

Viens à ma cour partager tous mes jeux.

De mes jardins viens cueillir le trésor;

Pour toi ma mère a de longs voiles d'or! »

-- Ô père, père! entends-tu qu'il dit,

Le Roi des Aulnes, le spectre maudit?

-- Non, sois un paix, reste en paix, mon enfant:

Ce sont les feuilles qu'agite le vent.

« Combien, mignon, si tu sais m'obéir,

Mes filles vont te gâter, te chérir!

Pour être admis à leurs rondes le soir,

Pour les charmer, tu n'auras qu'à vouloir. »

-- Ô père! Hélas! que j'ai peur! Sauve-moi!

Vois-tu dans l'ombre les filles du Roi?

-- Sois calme, enfant: c'est d'un morne bouleau

Le front épars qui s'incline sur l'eau.

« Je t'aime, allons! ton beau corps me séduit

Et sous mon joug malgré toi te réduit! »

-- Ô père, père! Ah! le monstre infernal,

Le Roi des Aulnes m'a fait bien du mal!

L'enfant suffoque impuissant à crier...

Saisi d'horreur et hâtant son coursier,

Le père arrive au logis... Vain effort!

Le pauvre enfant dans ses bras était mort.