L'Absente
R. Ravarin
Je suis comme un pêcheur qui se prend à rêver
D'une perle dormant sous les vagues profondes,
D'une perle sans prix que nul n'a su trouver,
Pareilles à des yeux clairs, à de grands yeux de blondes.
Je cherche ainsi des yeux que nul n'aura su voir,
Très calmes et très doux, très tendres et très pâles,
Ayant, comme dans l'air les étoiles du soir,
L'éclat mystérieux des troublantes opales.
Et je cherche des seins, comme la chair des fleurs,
De douceur infinie et de clarté si blanche,
Que les lys, les lys seules ont de telle pâleurs,
La pâle tubéreuse ou la pâle pervenche.
Et j'appelle une enfant que je ne verrai pas,
Dont l'ensorcellement, les philtres et les charmes,
Ou les candeurs d'amour, m'arrachant d'ici-bas,
De mes yeux desséchés feraient sourdre des larmes.