La Vie

G. Grovlez

Je porte parfois toutes les douleurs humaines,

Celles des veuves, celles des malades, celles des orphelins,

De ceux qui pleurent et de ceux qui ne disent rien…

Je les sens silencieuses en moi: elles vont et viennent,

Comme les passants, et mon âme ne leur peut rien dire,

Pas plus qu'aux passants dans les rues...

Cependant, je les sens qui vivent, marchent, respirent,

Et je sais que tout à l'heure elles seront disparues.

Ces jours-là je comprends des choses que je ne comprenais pas..

Je comprends pourquoi il y a des voiles de crêpe,

Et des yeux rouges derrière,

Des gens qui courent, très pâles et très las...

Et d'autres qui regardent vaguement par terre…

Je comprends la tristesse de pauvres petites choses

A des étalages, dans des magasins du soir…

Demain je ne verrai plus rien de tout cela, je suppose,

Mais je sais qu'aujourd'hui on a pleuré et qu'il fait noir...

Je suis comme bien des orphelins et bien des malades...

Je voudrais tomber là, dans ce ruisseau du coin,

Ce ruisseau de ville, sale, bleu de savonnade,

Où des blanchisseuses qui chantaient ont jeté de l'eau,

Tomber de douleur et loin de ton baiser,

Oh! si loin! seul, écrasé

De toute la souffrance du monde...

Et je regarderais sans penser

Le soleil qui monte, qui monte…