Promenade

G. Grovlez

Ne bouge pas… la lune a remué sur l'eau…

les feuilles mortes n'osent pas s'approcher d'elle…

Viens, ne fais pas de bruit… c'est l'heure des roseaux.

Nous tremperons nos doigts dans la lune fraîche et bolle,

Et nous la troublerons presque en soumant dessus.

Elle voudrait peut-être aller à la dérive,

Vers les longs fleuves dont elle s'est souvenue,

Au pays des romances et des belles captives.

Mais elle ne peut pas partir avec les rames

Et les oiseaux qui s'en iront demain matin.

Se rappellera-t-elle le soir où nous passâmes,

Près d'elle, tout près d'elle, en lui tendant les mains?

Écoute… oh! l'on défaille dans l'ombre.

Un rossignol de nuit est tombé dans les branches.

Vois nos lampes là-bas, au fond du ja'rdin sombre…

Elles s'éteignent comme se sont couchées, toutes blanches,

Les robes cérémonieuses des jets d'eau. C'est l'heure des roseaux.

Viens… ne fais pas de bruit…