Songe

G. Grovlez

J'ai rêvé quelque monde asile

D'un tas de petits orphelins,

Quelqu'astre infime et bien tranquille,

Tout rempli de robes de lin,

Des déserts comblés de fleurs blanches,

Presque sans ombres et sâns nûit,

Rien que des fleurs et pas de branches,

Rien que des enfants, pas de bruit...

Un soleil dessus doux et triste,

Un grand' azur, blond, automnal,

Et partout des fleurs de batiste

Jusqu'à l'horizon linéal.

Les hirondelles étaient blanches,

Et le vent soulevait partout

Des scintillements d'avalanches,

Comme un grand suaire où l'on coud

Beaucoup d'âmes de petits anges

Eux, par bandes, ils s'en allaient

Au travers des chemins étranges,

Dans ces neiges qui pullulaient;

Ils étaient tous de même taille,

Ils ne riaient jamais, jamais,

Ils n'avaient pas de funérailles;

C'était toujours la paix, la paix...

Leur robe serrait la poitrine

Et s'étoffait sur leurs pieds nus,

Calme orphelin, calme orpheline,

Les oubliés, les ingénus...

Et des anges en demoiselles

Leur servaient de bons conducteurs,

Comme on en met dans les chapelles

Avec des violons chanteurs...

Tout rempli de robes de lin

J'ai rêvé quelque monde asile

D'un tas de petits orphelins.