La grande coquette

Rossini, Gioacchino

La perle des coquettes

Ne fait que des conquêtes

Dans ses riches toilettes

Aux Menuets de Cour.

Pour moi tournent les têtes,

Les coeurs sont pris d'amour,

Et je crois même qu'un beau jour

J'ait fait trembler Pompadour!

Dans une belle ivresse

Plus d'un marquis s'empresse

Àm'offrir sa tendresse...

Je les dédaigne tous.

En vain chacun m'implore,

Me jure qu'il m'adore à genoux...

Je veux que l'on m'admire,

Pour moi que l'on soupire;

De l'amour que j'inspire,

De ce brûlant délire

Moi je ne sais que rire.

Ma foi! tant pis pour eux!

Malheur aux amoureux!

La perle des coquettes...

...J'ait fait trembler Pompadour!

A plus d'une rivale

Je fus souvent fatale;

Ma grâce triomphale

A séduit maint galant,

Coquette sans égale,

Qu'on n'aime qu'en tremblant.

On pleure, on se désole

Aux pieds de son idole vainement,

Avec indifférence

J'aime à voir la souffrance

D'un coeur sans espérance,

En proie à la démence

Implorant ma clémence,

Mais sans me désarmer...

Non, je ne veux jamais aimer.

Brillants Seigneurs, muguets de Cour,

Pour vous jamais d'amour.

Et si vous me faites la cour,

N'espérez nul retour.

Pour vous jamais d'amour!