Un sou - complainte à deux voix

Rossini, Gioacchino

Pitié pour la misère

D'un fils et d'un vieux père.

L'ombre éteint leur paupiere

Et nous errons, hélas,

Sans savoir où.

Donnez-nous un sou.

Privés de la lumière,

Ah! donnez-leur un sou.

Chrétiens, mes bonnes âmes,

Faites la charité.

Passants, messieurs, mesdames,

Voyez leur pauvreté,

Chrétiens par charité,

Voyez leur pauvreté.

Pour nous jamais l'aurore

N'allume son flambeau.

Le jour qui vient d'éclore,

C'est la nuit du tombeau.

Pour nous c'est le tombeau.

Un sou, un sou, un sou.

Pitié pour la misère...

...Ah! donnez-leur un sou.

Vous qui de la nature

Admirez la parure,

Savez-vous ce qu'endure

L'aveugle ayant bien faim?

La mort serait moins dure

Que cette nuit sans fin.

Mon père se désole,

Sa plainte me rend fou.

Pour nous la moindre obole

Serait l'or du Pérou.

Un sou, un sou, un sou.

Pitié pour la misère...

...Ah! donnez-leur un sou.

Un seul ami fidèle

Jadis guidait nos pas.

Ma voix en vain l'appelle!

Médor n'est plus, hélas.

Du chien qu'ici je pleure,

Achetez le licou!

C'est notre dernière heure,

Je vous le vends un sou.