Soupirs et sourire

Rossini, Gioacchino

Soprano:

Dans le sentier des roses,

Loin des soucis moroses,

Dès l'aube à peine éclose,

J'aime à cueillir gaiement les fleurs.

Ténor:

Et moi, l'amour m'inspire

Le plus brûlant délire.

Cruelle, j'expire!

En proie à mon martyre,

Pouvez-vous rire de mes douleurs?

Soprano:

La plainte qui soupire,

Ne saurait me séduire,

La vie est un sourire

Dont la gaieté bannit les pleurs.

Ténor:

Hélas, pour ma souffrance

Un seul regard plus doux.

Faut-il sans espérance

Languir à vos genoux?

Soprano:

De mon indifférence pour vous,

Pleurez à mes genoux:

Tous vos tourments me sont si doux,

Oui, mon indifférence

Rit de votre souffrance,

Amants sans espérance,

Tombez tous à genoux.

Sans peine, je vous enchaîne

Je vous enchaîne à mes genoux.

D'un amoureux qui chante

Dans sa langueur touchante,

L'aveu me rend méchante,

Et l'on me fait en vain la cour.

Mais que d'une parole

La gaieté vive et folle,

Sémillante et frivole,

Comme un zéphiyr s'envole,

Soudain mon coeur comprend l'amour,

Mon coeur ainsi comprend l'amour.

Ténor:

Ingrate, méchante,

Entends l'amant qui chant,

Dans sa langueur touchante,

Et qui gémit la nuit, le jour

Qu'un mot d'espoir console

Ce coeur qui se désole,

Sinon pour toi je meurs d'amour.