Le message du cœur

J. Pénavaire

L'aurore nait dans le ciel clair;

L'été, plein de joyeux murmures,

Prend sa revanche de l'hiver;

L'homme est aux champs, l'oiseau dans l'air,

Le grillon dans les orges mûres.

Là-bas, là-bas, à l'horizon,

Vole mon cœur avec la brise

vers la colline en floraison,

Jusqu'à cette blanche maison,

A l'ombre d'un vieux frêne assise.

Sous ce frêne, où, dès son réveil,

Le pinson chante et bat des ailes,

Il est trois sœurs au teint vermeil.

L'une a tous les feux du soleil

Au fond de ses noires prunelles.

Sur ses cheveux bruns ondulés

La fleur se pose en diadème.

L'autre est châtaine aux yeux voilés;

L'azur des cieux et l'or des blés

Appartiennent à la troisième.

A la première dis salut

Et dis salut à la seconde;

Mais là n'est point encor ton but:

Celle pour qui l'amour voulut

Ouvrir tes ailes, c'est la blonde!

C'est elle, la blonde! ô mon cœur,

Reste à ses pieds, qu'elle te prenne!

Dès que son regard enchanteur

Te parlera, bon serviteur,

Obéis à ta souveraine.

Et si dans ses yeux adorés

Tu vois rire la bienvenue,

Dis-le vite aux zéphirs des prés,

A tous les papillons dorés,

A tous les oiseaux de la nue.

Alors j'irai, sans perdre un jour,

Te rejoindre auprès de ma blonde,

Et dans ce paisible séjour,

Bercé par des rêves d'amour,

Avec elle oublier le monde.