Le sentier

M. d'Ollone

Le sentier que jadis ensemble nous suivîmes,

En traversant charmés d'heureuses régions,

Quatre ans nous conduisit, par la plaine et les monts,

Des champs parés de fleurs à de neigeuses cimes.

Et toujours nos deux voix-joyeuses s'élevaient,

Et; couronnés des fleurs que donnait la saison,

D'un Avril au suivant nous foulions le gazon,

Et de Mai jusqu'à Mai nos cœurs gaîment chantaient.

Mais comme, un soir d'automne, en la cinquième année,

Sur le flanc d'un ravin le sentier s'inclinait,

Au bas de ce vallon, où l'Espoir nous menait,

Etait assise l'Ombre aux hommes redoutée

Et, brisant tout à coup notre amitié pure,

Elle ouvrit à deux bras son manteau noir et froid,

De ses plis à ton corps fit un linceul étroit,

Sur ta bouche entr'ouverte étouffa le murmure,

Et t'emporta rapide où mon cœur haletant

N'a pu te suivre, hélas ni même mon regard

Mais je marche à grands pas, et sais que, quelque part

Sur le chemin désert, l'Ombre assise m'attend.