Sappho

Massenet, Jules

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Sappho Libretto

SAPHOPièce Lyrique de MM. Henri Cain et Bernède

SAPHOd'après le roman de Alphonse Daudet

SAPHOMusique de J. Massenet

CAST :Fanny Legrand Soprano

DIVONNEIrène Mezzo soprano

DIVONNEJean Gaussin Tenor

CÉSAIRELa Borderie

CÉSAIRELe Patron du Restaurant

CÉSAIREMasques, invités, Artistes, Tziganes, musiciens ambulants, etc.

SYSTEMActe I

Un salon précedent l'atelier du sculpteur Caoudal

Une nuit de bal costumé

Rideau.

(Au lointain, dans l'atelier, bruit continu de coversations très animées,

mêlées d'Exclamations très bruyantes. Des invités entrent

dans le salon précédant l'atelier. Un orchestre de faux Tziganes fait rage

dans l'atelier au lointain.)

en criant, avec gaîté

LA FOULEUne! deusse!

(Caoudal, La Borderie, entourés d'amis et de petites femmes travesties,

sortent brusquement de l'atelier, en riant.)

continuant une coversation, avec entrain

CAOUDALEh! jeunesse, regardez-nous!

avec entrain

QUELQUES LA FOULERegardez-le!

léger et rythmé

CAOUDALLe svieux sont maintenant les plus gias, les plus fous!

QUELQUES LA FOULELes vieux sont les plus fous!

cherchant à  s'esquiver

LA BORDERIEJe n'en puis plus!

avec re, comme une exclamation

TOUS LA FOULEah!

LA BORDERIEJe n'en puis plus! Cher Maître!

le retenant

CAOUDALTu veux filer peut-être?

en plaisantant La Borderie

LA FOULEIl n'en peut plus! Il n'en peut plus!

à  La Borderie

CAOUDALAllons donc! Allons donc!

montrant ds petites femmes qui écoutent

CAOUDALRegarde, Regarde autour de toi...

en charge

CAOUDALBayadère à  l'oeil noir, Colombine charmante,

sans respirer

CAOUDALAndalouse gentille, Arlequine troublante!

léger

CAOUDALAndalouse, Colombine... Arlequine, Bayadère...

CAOUDALSe donnent rendez-vous chez moi!

CAOUDALOhé! jeunesse!

à  La Borderie

TOUSOhé! jeunesse!

CAOUDALOhé! Faisons les fous, amusons-nous!

CAOUDALDes baisers cueillons la caresse!

LA BORDERIEFaites les fous, amusez-vous!

LA BORDERIEMais laisez-moi me sauver

LA BORDERIEAvant que le jour ne paraisse!

autour de La Borderie

CAOUDALOhé!

d'un ton fâché

LA BORDERIENon! non! bonsoir!

en charge, en riant et en lui fermant la retraite

CAOUDALEmpêchez-le de se sauver!

comme Caoudal, même jeu, en charge

TOUSEmpêchons-le de se sauver!

TOUSOhé! Non! Non! tu ne peux pas t'esquiver!

CAOUDALAyant que le jour ne paraisse!

CAOUDALEmpêchez-le de se sauver!

CAOUDALNon! non! tu ne peux pas t'esquiver!

se débattant

LA BORDERIEAh! laissez-moi donc m'esquiver!

LA BORDERIENon! non! laissez-moi!

se récriant

LA BORDERIECaoudal a vingt ans!

gaîment, fièrement

CAOUDALNon! soixante printemps!

se laissant emmener par un groupe de petites femmes

LA BORDERIEJe n'en puis plus!

avec pitié, tout en riant

CAOUDALEt ça s'appelle la jeunesse!

(Des groupes rentrent dans l'atelier. Jean a paru et se dirige vers la sortie.

Caoudal l'arrête au passage.)

d'un ton de léger raproche, à  Jean

CAOUDALVous aussi, vous fuyez la danse?

bien chanté et très mesuré

CAOUDALEt poutant, à  votre âge, on est plein de vaillance...

très simplement

JEANJe n'ai jamais dansé

La Borderie va reparaître entouré de petites femmes.

JEANEt me sens tout embarrassé...

sans façon

CAOUDALÇa vous change de la Provence!

avec un triste sourire

JEANAh! je ne puis dire combien!

qui s'est approché de Jean, en plaissantant

LA BORDERIETé mon petit, je le vois bien!

CAOUDALAllons! courage! confiance!

d'une voix claire

LA BORDERIELe premier pas est tout, et le reste n'est rien.

LA BORDERIE1er & 2d GROUPES

(1rs et 2ds Sopranos, quelques petites femmes en passant,

à  l'oreille de Jean)

LA BORDERIERien!

les montrant à  Jean, de bonne humeur

CAOUDALConnaissez-vous ces belles filles?

simplement

JEANNon, monsieur.

CAOUDALComment les trouvez-vous?

JEANMais... gentilles.

empressé et jovial

CAOUDALFaut-il vous présentes?

JEANElles riraient de moi...

JEAN1er GROUPE

(1rs Sopranos, quelques femmes du 1er groupe

qui se sont arrêtés pour écouter, entr'elles, en riant)

JEANAh! ah! vraiment!

moitié souriant

JEANLes femmes me font peur!

à  Jean

LA BORDERIEPourquoi?

à  Jean

QUELQUES GEMMESPourquoi?

à  part: aux femmes, en s'éloignant avec elles

LA BORDERIEC'est être un peu naïf!

à  Jean

CAOUDALVenez-vous?

JEANNon, je reste!

Tous se sont dirigés vers l'atelier à  l'exception de Jean.

seul, à  lui-même

JEANEst-ce vraiment un souge,

JEANQui trouble mon esprit et déroute mon coeur?

avec élan

JEANVoilà  donc ce qu'on nomme ici-bas le bonheur! Mensonge!

au lointain, dnas l'atelier, criant à  tue-tête

TOUSSilence! taisez-vous! Chante! chante!

en tumulte

TOUSChante!

vieille chanson d'atelier, fortement et très rythmé

FANNYLa reine des modèles,

(à  l'Opéra-Comique toutes les dames des choeurs reprennent

à  l'unisson à  partir de ce signe jusqu'à  la fin du morceau.)

FANNYLe plus beau...

en hurlant

TOUSLe plus beau...

assez long

FANNYQui pose sans ficelles,

FANNYCest Sapho!

toujours de même

TOUSC'est Sapho!

FANNYZoé, Paulette, Angèle,

FANNYLa grande Adèle et Rébecca

FANNYSont d'la p'tit, bièr' à  côté d'ça!

FANNYLe plus beau, c'est Sapho!

LA FOULEZoé, Paulette, Angèle,

LA FOULELa grande Adèle et Rébecca

LA FOULESont d'la p'tit' bièr' à  côté d'ça!

FANNYLe plus beau... c'est Sapho!

Un ban formidible est exécuté par toute la foule.

JEANCe monde que je vois, ces chansons que j'écoute,

JEANTout, dans ce bal... me trouble et me déroute...

JEANAh! qu'il est loin... mon pays!

JEANAh! qu'il est loin mon pays de clarté, de soleil,

s'attendrissant

JEANqu'il est loin mon pays!

JEANLà ! mille fleurs odorantes

JEANDans le conchant vervmil

JEANExhalent par les airs leurs senteurs pénétrantes;

très expressif

JEANAh! qu'il est loin mon pays! mon pays de soleil...

JEANoù le Rhône bondit et roule impétueux,

JEANSes flots couleur d'azur que jalousent les cieux!

doux et soutenu

JEANMon pays... où le soir, dans la verte oseraie,

JEANL'on peut aller rêver sans que rien vous effraie;

JEANOù l'on entend passer dans les grands arbres verts,

JEANLe vent, chantant plus fort, durant les courts hivers... mon pays!

attendri

JEANmon pays! mon pays où tout dit l'amour et l'espérance!

très espressif

JEANAh! qu'il est loin de mes yeux! qu'elle est loin ma Provence! qu'elle est loin!

JEANHélas! qu'elle est loin!

(De bruyantes exclamations gaies et prolongédes, mêlées de rires,

éclatent dans l'atelier. Aussitôt, tous entrent en tumulte à  la suite

de Fanny, Caoudal, La Borderie et les hommes, très empressés.)

en suppliant et avec empressement, autour de Fanny

INVITÉSUn baiser!

même jou

INVITÉSUn baiser!

cherchant à  se fégager de tous les hommes qui l'entourent

FANNYNon! non! voyons!

même jou

LA BORDERIE... un baiser! ... un seul!

même jou

CAOUDAL... un seul!

FANNYTaisez-vous! voyons! non! non! allez,

très franc - alerte

FANNYjolis farceurs, vrai! vous me

crânement

FANNYfaites rire!

riant

FANNYah!

FANNYAdorateurs, courtisans,

riant

FANNYah! poètes, amoureux, flatteurs, médisants!

riant

FANNYcourtisans,... flatteurs!

riant

FANNYamoureux,... flatteurs

sans respirer

FANNYcachant mal votre jeu sous un charmant sourire. ah!...

suppliants et tout riant

LA BORDERIE... un baiser!

FANNY... allez! allez! non!

en riant

FANNYah!

enéclatant de rire

FANNYah! allez! jolis farceurs,

FANNYVrai vous

crânement

FANNYfaites rire! ah!

parlé traînard, fort et gouailleur

FANNYVrai!

(Mouvements dans les groupes: impression de mécontentement,

de déception et d'indifférences aussi. Tous vont et viennent.

Jean regarde Fanny avec trouble - sa physionomie semble s'éveiller

à  un nouveau sentiment qui l'émeut et la transfigure. Fanny s'approche

de Caoudal et lui désigne Jean.)

à  Caoudal, à  part

FANNYQuel est ce beau garçon?

distraitement

CAOUDALJe ne sais...

FANNYTiens!

malicieusement

FANNYil faut que je lui parle!

faisant un signe qui veut dire: «incorrigible.»

CAOUDALBien! allons, toujours Sapho!

(Il s'égloine en riant. Fanny d'abord embarrassée et hésitante,

malgré sa résolution, finit par arriver doucement près de Jean.)

à  Jean

FANNYComment vous nommez-vous?

un peu interdit

FANNYDe Provence?

assez vivement

JEANÇa s'entend?

souriante

FANNYPas beaucoup. Artiste... je le penseé

très simplement

JEANNon, madame!

avec un soupir de soulagement

FANNYAh! tant mieux!

intimement

FANNYMais, pourquoi baissez-vous les yeux...

FANNYJe ne suis pas méchante...

JEANVous vous moquez de moi?

avec âme, ses yeux dans ses yeux, bien chanté, très expressif

FANNYMoi, me moquer de toi!

FANNYPas artiste!

à  volonté, radieuse

FANNYmais ça m'enchante!

sortant de l'atelier, bruyant et gai

LA BORDERIELe couvert est mis!

de même

CAOUDALLe couvert est mis!

bas à  Jean

FANNY... à  bientôt!

remenant un groupe

LA BORDERIEHé! les amis!

entraînant les groupes pour rentrer dans l'atelier

CAOUDAL... les amis! à  table!

joyeusement

CAOUDALà  table!

en charge, en rentrant dans l'atelier

TOUSPlaisir de la table,

TOUSBonheur véritable!

TOUSPlaisir...

imposant silence, en charge

LA BORDERIEAssez!

Tous ont pénétré dans l'atelier.

appelant Fanny

CAOUDALSapho! Sapho!

haltetante, barrant le passage à  Jean qui veut entrer dans l'atelier

FANNYN'y va pas! n'y va pas! non!

séduisante

FANNYViens avec moi plutôt! viens donc! viens donc!

à  part, très troublé

JEANJ'ai le vertige...

FANNYViens te dis-je...

JEANAh! je sens que malgré moi...

comme halluciné

JEANje vais... où vont ses pas!

pressante

FANNYViens donc, m'ami!

dans l'atelier

LA VOULELe plus beau des modèles: c'est Sapho!

tendrement, avec un sanglot d'ivresse

FANNYAh!

ardente et décisive

FANNYViens donc!

Ils s'enfuient.

CRIS DANS L'ATELIERSapho! Sapho! Sapho!

Rideau.

SYSTEMActe II

Le logement de Jean Gaussin à  Paris, rue d'Amsterdam

chantonnant, tout en travaillant

JEANO Magali, ma tant amado, mete la testo au fenestroun:

reforçant le chant, tout en travaillant

CÉSAIREEscouto un pau a questo aubado

CÉSAIREDe tambourin e de viouloun.

à  Césaire

JEANVous vous donnez bien de la peine, père...

haussant les épaules

CÉSAIRETais-toi!

regardant avec amour un tableau suspendu au mur

JEANNotre maison... avec ses bois de myrtes dans la plaine

JEANEt ses vugbes à  l'horizon;

calme et égal

JEANMaman Divonne est sur la porte,

tendre

JEANEn la voyant toujours, toujours devant mes yeux,

JEANJe travaillerai mieux; sa présence me réconforte.

ému

CÉSAIREA nous tu penseras souvent?

JEANOui, père...

à  haute voix changeant de ton

JEANMais où donc est ma mère?

CÉSAIREAu couvent,

CÉSAIREPour y chercher Irène, l'orpheline, notre nièce.

JEANAh! je devine,

JEANVous l'emmenez!

CÉSAIRENous l'adoptons.

simplement

CÉSAIREElle nous tiendra compagnie,

CÉSAIRERemplaçant le fils que nous regrettons.

envoyant un baiser au tableau en souvenir de Divonne

JEANPour toutes vos bontés. mère, soyez bénie.

Divonne apparaît avec Irène.

tout essoufflée encore des courses avec verbiage

DIVONNEC'est nous!

toute cette scène avec vivacité et bonhommie

DIVONNEJésus! quelle villasse que ce Paris! que de tours et de pas! ah! Jésus!

DIVONNEEt ce monde qui passe, qui passe, qui passe!

DIVONNECes gens font les pressés!

DIVONNETous ces gens son insensés!

DIVONNEQue je préfère être là -bas! ah!

levant les bras au ciel

DIVONNEbon D'iou! ah! bon D'iou! que je suis lasse!

DIVONNEBon D'iou! Bon D'iou! que je suis lasse!

regardant autour d'elle et changeant d'allure et de ton subitement

DIVONNEEh! qué!

vivement, mais avec un souci affectueux

DIVONNErien n'est encore en place!! Puavre petit!

bonhommie

CÉSAIREC'est fini!

en liant

CÉSAIREgronde pas!

à  Divonne

JEANBonjour, maman!

DIVONNEBonjour, Pitchoun! Té! c'est Irène! Tu cousine.

IRÈNEMon cousin, bonjour!

à  Jean

DIVONNEHein? qu'en dis-tu? fraîche comme le jour,

sans retenir ni respirer

DIVONNEBelle comme une reine!

DIVONNEVous vous êtes connus jadis sur mes genoux!

à  Césaire

DIVONNECésaire,

sans retenir, mais avec sentiment

DIVONNEil faudra partir tout à  l'heure!

avec artivité

DIVONNEAllons-nous, en attendant, visiter la demeure,

DIVONNEVoir s'il ne manque rien.

à  Jean

DIVONNEPécaïré! Embrasse-moi! Vaurien!

Divonne et Césaire s'éloignent.

songeur

JEANChers parents!

à  Irène

JEANVrai, je vous envie d'aller avec eux passer votre vie,

JEANDe revoir mon pays de clarté, de soleil,

JEAND'amour et d'espérance!

très expressif

JEANAh! qu'il est loin mon pays!

JEANQu'elle est loin ma Provence!

léger, franc et alerte

IRÈNEC'était bien gentil, autrefois, quand nous allions par les bois!

IRÈNEquand nous allions par les bois tous les deux!

IRÈNEAvec Blanchet, notre âne si fidèle...

IRÈNEquand nous allions par les bois, tous les deux!

IRÈNESes clochettes sonnaient, il allait trottinant! J'étais fière sur la selle! Ah!

bien franc, bien alerte

IRÈNEQuand nous allions par les bois tous les deux!

avec bonheur

JEANEt moi, donc, vous tenant par la main... je me disais: qu'elle est belle!

IRÈNECétait bien-gentil, autrefois, quand nous allions par les bois!

IRÈNEquand nous allions par les bois tous les deux!

simplement, naïvement

IRÈNEEt vous rappelez-vous quand nous nous amusions,

IRÈNEPour imiter l'image de la Bible!

continuant

JEANA la fuite en Egypte!

reprenant vivement

IRÈNEOù nous étions: vous, Saint Joseph, et moi, Sainte Marie.

avec un bon sourire

JEANJe m'en souviens, petite amie.

reprenant

IRÈNEPuis...

vivement

IRÈNEnous nous sauvidons,

IRÈNEPour fuir l'ordre d'Hérode, un monarque terrible

la respiration très marquée

IRÈNEqui faisait massacrer par ses centurions

sans respirer

IRÈNEles pauvres Innocents!

souriant

JEANAh! que nous tremblions!...

IRÈNE...ah! que nous tremblions!

gentiment

IRÈNEVous souvient-il aussi, lors que nous revenions,

IRÈNEque c'était beau dans la prairie,

IRÈNED'écouter l'appel du courlis,

IRÈNEou le vent qui sifflait ses joyeux firzzelis!

s'attendrissant

JEANJe m'en souviens, petite amie.

avec plus de mystère, peu à  peu

IRÈNEEt, quand venait la nuit,

IRÈNETous les contes de la veillée...

IRÈNERevivaient à  nos yeux,... alors, au moindre bruit...

IRÈNEJe prenais votre bras, frissonnante, effrayée...

IRÈNEEt sans oser parler tous deux nous rentrions.

en souriant

JEANAh! que nous tremblions...

l'un près de l'autre

IRÈNE...ah! que nous tremblions...

JEANPuis, sur le seuil, en arrivant Irène m'embrassait...

JEANgentiment, doucement.

naïvement, chastement

IRÈNEUne soeur sans pécher peut embrasser son frère,

IRÈNEEt vous l'étiez pour moi...

JEANAi-je changé pour toi?

baissant les yeux

IRÈNEAh!

JEANDonc en t'embrassant, je ne peux te déplaire... Dis?

souriante et rougissante

IRÈNENon,... puisqu'une soeur embrasser son frère...

tendrement

JEANComme autrefois...

avec sentiment

IRÈNECOmme autrefois tous les deux!

IRÈNE... par les sentiers... et par les bois...

IRÈNEComme autrefois... comme autrefois!

(Ils s'embrassent quand paraissent Césaire et Divonne.

Les enfants sont hontreux.)

à  Césaire, joyeusement

DIVONNERegarde-les, bon Dieu!

Divonne qui avait à  la main la lampe allumée va la poser sur la table.

de bonne humeur

CÉSAIREL'on ne vous en veut pas!

CÉSAIRENon! Sangdiou! au contraire!

à  Jean

DIVONNEIl faut nous dire adieu!

ému

JEANMoi, je vous reconduis...

doucement

DIVONNEReste là  bien tranquille,

DIVONNEReste là ... devant ta table, là ... et ne va pas le déranger...

DIVONNEC'est le travail qui dans la grande ville te préservera du danger.

à  part, très ému

CÉSAIREÔ ma brave Divonne!

attendri et religieux

DIVONNEPetit, voici ta lampe!

DIVONNEElle est vieille mais bonne!

DIVONNEJadis, à  sa clarté

DIVONNEDans la sévénité des soirs d'automne,

DIVONNEJe conais tes habits d'enfant...

DIVONNEL'âme en repos, le coeur content,

DIVONNELorsque tu dormais dans ta berce, à  sa lueur je t'ai surpris,

DIVONNEDerrière les rideaux de Perse,

DIVONNESouriant comme un ange à  ceux du Paradis!

s'attendrissant

DIVONNEPour la dernière fois... aujourd'hui,...

simplement

DIVONNEje te donne ce doux nom de petit...

très ému

JEANMaman!

s'émotionnant

CÉSAIREDivonne!

avec un sanglot

DIVONNEAdieu! adieu! Travaille!

DIVONNEEspère, et sois un homme

DIVONNESous l'oeil consotant du bon Dieu! nous prierons!

DIVONNENous prierons le bon Dieu pour toi! mon cher enfant,

DIVONNEnous prierons Dieu pour toi! pour toi!

DIVONNEmon cher enfant! à  bientôt! adieu!

IRÈNENous prierons le bon Dieu pour vous!

IRÈNEah! pour vous! pour vous!

IRÈNEah! nous prieons Dieu! Hélas! adieu!

CÉSAIRENous prierons le bon Dieu pour toi!

CÉSAIREpour toi! le bon Dieu pour toi!

CÉSAIREpour toi! mon cher enfant! à  bientôt! adieu!

JEANAdieu, mes chers parents! adieu!

JEANVous seuls que j'aime tant! Hélas! adieu! ma bonne mère!

JEANadieu! adieu! adieu! mes chers parents! Hélas! adieu!

Césaire et Divonne vpmt prendre les paquets.

avec sentiment: à  Jean, presque à  part

IRÈNEVous laisser seul ici... c'est triste...

à  Césaire, à  part

DIVONNEEh! vas-tu pas pleurer aussi...

IRÈNEPauvre grand frère...

en les reconduisant

JEANAdieu, chers parents! bonne mère! petite soeur...

IRÈNE...à  bientôt!

Ils disparaissent.

seul

JEANIls s'en vont! Ils s'en vont... c'est la solitude!

JEANMaintenant que je les ai vus,

expressif et tendre

JEANEt que j'ai respiré cet air de quiétude...

avec âme

JEANEt de bonheur à  peine en tre-vus

JEANJe voudrais retourner vers la chère demeure!

JEANAh! pourqoui faut-il se quitter?

JEANAu moment où l'on a tant besoin de s'aimer!

JEANMe voilà  seul à  Paris dans la foule

JEANQui gronde autour de moi comme gronde la houle...

très déclamé

JEANTant de monde

avec abattement et amertume

JEANet personne à  soi!

pensant aux absents avec une tendre tristesse

JEANIls reverront notre chère demeure...

d'une voix émue

JEANJ'ai froid au coeur, je m'attriste

simplement

JEANet je pleure!

JEANHélas! ils sont partis et déjà  loin de moi! loin de moi!

Jean s'installe pour travailler. Il prend ses livres, etc.

avec un soupir

JEANA l'ouvrage!

s'interrompant et toujours dans ses pensers

JEANPauvre maman,... que n'es-tu dpnc toujours auprès de ton enfant...

JEANPour lui dire si tendrement:

répétant les paroles de Divonne

JEAN"C'est le travail qui dans la grande ville

JEANTe préservera?"

changeant de ton

JEANLe travail serait facile,

JEANEn t'écoutant!

JEANEt mon bon père, et ma petite amie...

JEANElle est si douce, si jolie...

JEANSou baiser de chaste

simplement et tendrement

JEANpureté a laiissé son parfum tout embaumer mon âme;

tout songeur

JEANJe pourrais être heureux si j'en faisais ma femme...

Fanny vient d'entrer, sans frapper et s'approche doucement.

légérement

FANNYBonjour, m'ami!

surpris

JEANComment! c'est vous, Fanny!

gaiment

FANNYMoi-même!

avec charme et vivacité

FANNYTu croyais que c'était fini...

FANNYNon pas,

tendre

FANNYquand j'aime c'est pour longtemps.

changeant de ton

FANNYSi depuis quelque temps j'avais cessé de te rendre

léger

FANNYvisite,

FANNYC'est que je savais que tu recevais tes parents, et cette petite...

FANNYPas mal du tout

très gentiment

FANNYta soeur? mon compliment!

simplement

JEANNon, ma cousin.

plus froidement un peu brusque

FANNYElle est gentille.

changeant de ton

FANNYIl n'y a qu'un moment, j'ai vu s'éloigner ta famille,

FANNYJe guettais son départ et me voici.

avec simplicité et sympathie

JEANMa mère a voulu m'installer ici!

JEANDans mon petit chez moi...

(d'un air modeste et souriant,

comme se rappelant les paroles de Divonne)

JEAN...pour que mieux je travaille.

FANNYJe comprends,

doucement résignée

FANNYil faut que je m'en aille...

doucement

JEANJ'ai travaillé parfois lorsque vous étiez là ...

gentiment

FANNYAlors... je reste... et serai sage. Voilà !

Fanny examinant la pièce.

FANNYDe jolis meubles...

FANNYLe grand paysage...

geste d'atelier

FANNYDu caractère et de la vérité.

avec sentiment

JEANC'est notre maison de là -bas!

contemplative

FANNYSous cet arbre qu'on serait bien abrité

FANNYPour s'aimer là ...

regardant la Sapho de Caoudal

FANNYTiens. vous avez ce marbre?

cachant son émotion

JEANMais... oui... c'est bien possible.

assez violemment et avec franchise

FANNYJ'ai contre tout artiste une haine invinicible...

FANNYFaut jamais m'en parler.

sombre, à  part

FANNYIls m'ont fait tant de mal.

franchement

JEANPourtant, l'art c'est pour égayer la vie,

JEANRendre le

avec abandon et âme

JEANcoeur meilleur et la route plus fleurie...

marchant sur lui, son visage tout près du sien

FANNYCe que j'appelle beau, c'est d'avoir (très caressant) tes vingt ans,

FANNYEt comme toi, m'aime, d'être fier, d'être brave,

avec élan

FANNYEt de sentir son coeur si fort que nulle entrave

FANNYNe s'en vienne arrêter ses sublimes élans.

FANNYCe que j'appelle beau,

frémissante

FANNYc'est toute créature

FANNYS'élevant par l'amour au dessus des rancoeur,

FANNYOu subissant la loi d'étermelle nature,

FANNYEnfin!

avec élan

FANNYdeux êtres réunis par le sang de leurs coeurs!

FANNYCe que j'appelle davoir

avec ivresse

FANNYtes vingt ans!

lui montrant sa table et l'u conduissant

FANNYTravaille!

avec ardour

JEANViens!

souriante et raisonnable, le forçant à  s'asseoir à  sa table

FANNY...travaille!

(Fanny quitte Jean et, à  part, comme assombrie

par une soudaine pensée)

FANNYEst-ce un rêve mensonger venant comme l'oiseau

sans respirer, caresssant

FANNYléger bercer mon coeur et le frôler...

FANNYN'est-ce qu'un rêve mensonter... Hélas! une caresse vaine et brève?

FANNYPauvre Sapho1 n'est-ce qu'un rêve?

(Toute cette phrase peut se changer en sol majeur,

c'est à  dire une tierce plus bas, selon le désir de l'artiste.

On doit suivre dans le ton de la partition.)

d'abord inconsciemment

FANNYO Magali, ma tant amado,

FANNYMele la testo au fenestroun.

à  part, écoutant comme fasciné

JEANLe vieil air du pays!

FANNYEscouto un pau a questo aubado

FANNYDe tambourin e de viouloun.

FANNYEi plen d'estello aperamount!

FANNYL'auro es toumbado;

FANNYMai lis estello paliran, quand te veiran!

éperdu et courant à  Fanny

JEANO ma Fanny que j'aime, que je voudrais toujours,

JEANtoujours t'entendre chanter ainsi la chanson

sans retenir

JEANdes amours!

très vibrant

JEAN«O Magali ma tant amando»

JEANEn t'écoutant, je ne suis plus moi-même!

JEANJe t'aime! Je t'aime!

avec un élan de tendresse

FANNYIl m'aime!

comprimant une vive émotion

FANNYEt cependant, il faut se dire adieu.

FANNYMieux vaut en finir tout de suite, hélas...

FANNYPourrais-je m'en aller ensuite?

ému

JEANTu n'es pas libre?

tendre

FANNYDieu! Libre de tout amour, puisqu'à  yoi je me donne.

la retenant

JEANTu m'appartiens, Fanny!

sérieuse

FANNYJe ne suis à  personne.

ému

JEANA personne!

avec abandon

FANNYA toi seul, si tu veux de moi! ah! garde-moi

affectueusement

FANNYtoujours là ... toujours avec toi, toujours là !

avec embarras

JEANJe suis pauvre.

pressante

FANNYQu'importe!

se défendant aved gêne

JEANOh! mon, c'est impossible? pourquoi?

tendre et simple

JEANPendant que tu travaillerais,

JEANSans bruit, moi, je m; occuperais

presque nonchalant

JEANDu ménage.

JEANSi bien que toi me regardant,

JEANCoquette en mon tablier blanc,

JEANTu m'en aimerais

souriant

JEANdavantage.

caressant

JEANEt le dimanche nous irions,

JEANPrès de l'étang de Villebon, nous perdre tous les deux

JEANdans les bois de Meudon

JEANEt de Sèvres! ah! comme nous ririons!

JEANPuis, nous déjeûnerions sur l'herbe,

JEANEt reprenant le chemin dans les bois de Meudon...

JEANJe te cueillerais une gerbe

JEANDe beaux lilas et de jasmin.

JEAN... le chemin dans les bois!

JEANTu me cueillerais une gerbe

JEANDe beaux lilas et de jasmin.

FANNYUn dimanche!

avec élan et passion

FANNY... ah! laisse-moi t'aimer de toute ma tendresse, ah!

FANNYJe suis là , dans les bras,

FANNYTes chers yeux dans mes yeux,

FANNYQui plus que nous peut être heureux,

FANNYPrends la caresse de mes baisers!

JEANAimons-nous!

FANNYAimons-nous! aimer est si doux!

JEANAimer est si doux!

JEANEnfermons-nous!

FANNYVoici la nuit...

FANNYEnfermons-nous!

JEANEnfermons-nous!

SYSTEMActe III

JEANDans le jardin d'un restaurant,

JEANà  Ville d'Avray, un dimanche.

JEANRideau.

dans le petit châlet fermé, à  pleine voix et comme à  volonté

FANNYEt le dimanche nous irions

FANNYPrès de l'étang de Villebon!

FANNY(Fanny dont la voix a été entendue dans l'intérieur

du petit châlet paraît.)

FANNYLa! la! La la!

FANNYLa! La! la! la!

à  volonté, comme précédemment, toujours à  pleine voix

FANNYJe te cueillerais une gerbe

FANNYDe beaux lilas et de jasmin. la!

Fanny descend le petit perron.

très alerte

FANNYLe beau soleil pour les amours!

à  Jean qui a paru à  côté d'elle

FANNYSortons-nous?

franchement heureux

JEANSortons!

Il va pour l'embrasser.

souriante, à  part

FANNYPrends bien garde,...

FANNYUn vieux ménage... on nous regarde.

souriant

JEANUn ménage d'un an, les jours ont passé vite!

avec amour

JEANOh! Fanny, ma maîtresse!

très expressif

JEANTu me prends tout entier.

avec passion

FANNYNon, pas encore assez!

avec ardeur

FANNYJe te veux plus à  moi, je veux que ma tendresse

avec élan

FANNYN'ait plus le souci des instants passés.

tendre et simple

JEANVoilà  pourquoi cette campagne me plaît,

JEANCar pendant la belle saison

JEANDans notre petite maison

JEANNous vivrons tous les deux bien seuls...

FANNYTa compagne chaque soir t'attendra!

caressant et comme murmuré

FANNYLorsque son ami reviendra,

FANNYNous irons en rêvant de baisers, de chansons...

JEANNous irons en rêvant...

FANNYSous les bois nous irons en rêvant,

FANNYsous les bois dont la haute cime s'incline,

FANNYAu doux gazouillement des merles,

FANNYdes pinsons, nous irons en rêvant!

FANNYEn rêvant!

heureux

JEANAh! Fanny!

à  part, d'un petit air grondeur et câlin

FANNYVoyons! soyons sages...

FANNYDonne moi

caressant

FANNYton bras,

FANNYTe sentir ainsi

très expressif

FANNYtout près de moi, comme ceci, là ! là !

FANNYJe suis fière, m'ami.

JEANViens!

FANNYViens!

avec ivresse

JEANSur nos deux visages plus radieux que ce beau jour...

FANNYCeux qui passent liront notre fervent amour.

JEANViens!

caressant et comme murmuré

FANNYAllons en rêvant sous les bois,

FANNYViens, allons en rêvant de baisers, de chansons...sous les bois nous

FANNYirons en rêvant, sous les bois dont la haute cime s'incline,

FANNYAu doux gazouillement des merles, des pinsons, nous irons en rêvant!

FANNYEn rêvant!

Ils s'éloignent lentement.

FANNYAllons en rêvant!

Les deux vois invisibles

FANNYAllons rêver!

FANNYViens!

FANNY(Caoudal a paru au fond. Il regarde l'enseigne du Restaurant,

FANNYet fait signe, gaiment, aux amis que l'on ne voit pas encore.

FANNYLa Borderie le suit de près et agit de même.)

CAOUDALPar ici! Par ici!

LA BORDERIEPar ici! Par ici!

montrant l'Enseigne tout en la lisant

CAOUDAL«A la Friture sans Pareille»

continuant la lecture de l'Enseigne

LA BORDERIE«Ce Restaurant est excellent»

entr'eux, jovialement

LA BORDERIENous serons à  merveille!

faisant encore signe aux amis

LA BORDERIEPar ici!

LA BORDERIE(Apparaît alors toute la petite troupe des amis et amies,

LA BORDERIEtous, très gais, très bruyants.)

appelant: les 2 mains en porte voix

LA BORDERIEOhé! Patron!

de même

AMIS & AMIESOhé! Patrons!

CAOUDALQu'on se dépêche, nous avons tous la gorge sèche!

LA BORDERIENon! non! non! pas le garçon!

en hurlant

LA BORDERIELe Patron!

LA BORDERIELe Patron!

LE PATRONBonjour, Messieurs, bonjours, Mesdemoiselles.

reconnaissant un client

LE PATRONAh! Monsieur Caoudal!

avec prévenance

LE PATRONVoulez-vous déjeuner dans l'arbre ou bien sous les tonnelles?

soprani, avec joie

LA FOULEOh! oui, dans l'arbre!

ténors et barytons

LA FOULENon! non! sous les tonnelles!

LA BORDERIENon! non! sous les tonnelles!

donnant raison aux petites femmes

CAOUDALNon! dans l'arbre!

soprani

LA FOULENon! dans l'arbre!

d'un air décidé

LE PATRONBien!

ordonnant

CAOUDALIl s'agit de nous apporter de ton vin fameux entre mille!

CAOUDALCorbleu!

LA BORDERIENous nous y connaissons, Corbleu!

LE PATRONJ'entends.

CAOUDALDonne du blanc,

d'un ton rogue en sombrant la voix

LA BORDERIEMais pas du bleu!

comme la Borderie

AMIS & AMIESMais pas du bleu!

se défendant

LE PATRONDu bleu!

à  Caoudal, d'un air de suffisance

LE PATRONSoyez tranquille, vous serez bien servi!

continuant

CAOUDALPuis, ce soir... pour dîner,

légèrement

CAOUDALnous reviendrons!

légèrement

LA BORDERIENous reviendrons!

CAOUDALQue vas-tu bien nous cuisiner?

LE PATRONMais...

avec empressement

LE PATRONtout ce que vous voudrez...

CAOUDALUne énorme friture!

vivement

LE PATRONDeux poulets Marengo,

réclamant

LA BORDERIETrois!

LE PATRONPlus un fort beau gigot.

CAOUDALCe sera bon...

LE PATRON... je vous le jure!

en charge

LA BORDERIEC'est entendu!

LA BORDERIEC'est convenu!

en charge

CAOUDALC'est entendu!

sérieux

LE PATRONC'est convenu!

LA BORDERIEC'est entendu!

LA BORDERIEC'est convenu!

tragico-comique, à  volonté

CAOUDALQuand à  toi, tavernier du diable!!

légèrement

CAOUDALSi nous ne trouvons pas, en nous mettant à  table,

CAOUDALDes met délicats, onctueux, délicieux, et copieux.

en parodie

CAOUDALC'est toi qu'avec furie et frénésie

légèrement, changeant de ton

CAOUDALNous embrochons, nous découpons,

CAOUDALnous découpons et mangeons...

terrible

CAOUDALA la sauce tartare.

légèrement, changeant de ton

CAOUDALDonc, agis de ton mieux si tu ne veux, par nos estomacs creux,

CAOUDALÊtre l'hôte du Styx ou de l'affreux Ténare!

en parodie

LA BORDERIEC'est toi qu'avec furie et frénésie,

LA BORDERIENous embrochons, nous découpons, nous découpons et mangeons!

pressé et voulant retourner à  ses affaires

LE PATRONC'est promis!

Il est retenu par La Borderie.

retenant le Patron tragiquement

LA BORDERIEIl y va de ta vie!

de même

CAOUDALÉcoute encor:

avec volubilité

CAOUDALIl faut que notre table soit servie à  sept heures...

tragique

CAOUDALou la mort!

assez long

LA BORDERIE... ou la

éclats de rire

LA BORDERIEAh! ah! ah! ah! ah! ay! ah! ah! ah! ah!

impatienté et pressé, coupant la parole, parlé: fort, sans expression

LE PATRON... mort!

avec garçons

LE PATRONQu'on apporte d'abord des biscuits et du vin... allez! courez!

réclamant de loin

CAOUDALPar ici les biscuits!

vivement: aux garçons

LE PATRONDépêchez et servez!

de loin

LA BORDERIEEt le vin?

LE PATRONVoilà ! voilà !

CAOUDALAttention,

bien chanté

CAOUDALcroyez ma vieillesse

CAOUDALQui regrette bien ses vingt ans...

CAOUDALAmusez-vous quand il en est temps:

levant son verre

CAOUDALA la santé de la jeunesse!

vibrant et gaîment

LA BORDERIEA la santé de la jeunesse!

LA BORDERIEOhé! ohé! ohé! ohé! ohé! En avant!

LA BORDERIE(Des musiciens ambulants traversent le restaurant

LA BORDERIEet s'arrêtent dans le fond du jardin. Les musiciens s'éloignent tout en jouant.

LA BORDERIEJean a paru et vient d'être aperçu par Caoudal.)

à  Jean

CAOUDALTiens, vous voilà !

qui s'est approché, saluant

JEANMessieurs!

de bonne humeur

CAOUDALLa rencontre opportune!

avec enjouement

CAOUDALCes cheveux, ce teint de soleil

CAOUDALSi jeune et si vermeil,

CAOUDALPour eux je donnerais bien plus que ma fortune!

à  Jean

LA BORDERIEVous habitez par ici?

JEANLà , tout près!

tendre et simple

JEANJ'aime les bois et leurs ombrages frais,

JEANOn vit mieux qu'à  Paris, et tranquille on respire

JEANL'air embaumé dans un calme infini.

à  Jean, familièrement, négligemment

CAOUDALToujours avec Sapho?

très surpris et ne comprenant pas.

JEANSapho?

naturellement

CAOUDALMais oui, Fanny! Fanny Legrand.

avec un sourire: sur le ton de la chanson de l'atelier

CAOUDALSapho, le beau modèle.

à  part: dans un affreux cauchemar

JEANQuoi!

d'une voix étouffée

JEANSapho, ma Fanny!

sombre

JEANLa Sapho!

vivement et avec répulsion

JEANc'était elle!

après avoir hésité

JEANNon... c'est fini...

nerveusement et vivement

JEANJe ne la vois plus.

reprenant

CAOUDALElle est jolie... et pire!

narquoisement et légèrement

CAOUDALOn ne la quitte pas facilement.

plus assombri

CAOUDALElle s'attache à  vous, et l'on souffre pour elle.

reprenant l'air narquois et léger

CAOUDALL'amour de Sapho causa plus d'un tourment.

avec suffisance

LA BORDERIELa rupture pour moi fut terrible et cruelle.

à  part, avec trouble

JEANAh! mon Dieu!

entr'eux, en souriant

LES AMISTiens, Sapho!

léger et farceur

CAOUDALVraiment en ménage elle a peu de chance...

se rappelant

CAOUDALPuis, un jour, ce graveur...

LA BORDERIEFroment!

CAOUDALN'eut-il pas la démence,

CAOUDALDe faire un faux billet... et ce fut la prison...

CAOUDALAh! je la vois encore,

CAOUDALEnvoyant un baiser à  ce pauvre garçon, criant:

très vibrant

CAOUDALJe t'aime, je t'adore!

CAOUDALCourage! nous nous reverrons!

CAOUDALM'ami, M'ami, je suis ta femme, ta femme,

CAOUDALEt de toute mon âme!

CAOUDALM'ami! oui! nous nous aimerons!

à  lui-même, brisé, comme égaré

JEANM'ami! M'ami!

à  La Borderie, en riant

CAOUDALFini, maintenant!

riant

LA BORDERIEJe l'espère!

CAOUDALElle doit être chez son père, à  la campagne, avec son enfant,

achevant

LA BORDERIE... oui, le fils de ce pauvre Froment.

vivement

JEANSon enfant!

CAOUDALQu'avez-vous?

JEAN(haletant; tonte cette déclamation d'une voix sourde

JEANmais très énergique;

JEANmouvements divers de tous)

JEANJe vous mentais, oui! depuis un an, auprès

JEANde cette femme j'avilissais mon âme,

JEANgrisé par le mensonge, et lui donnant mon coeur,

avec effort

JEANcroyez-moi!

sans force

JEANj'ignorais tout,

anéanti

JEANma parole d'honneur!

se redressant moralement et avec éclat

JEANJe vous avais menti, mais vrai

JEANDieu! je vous jure que tout est fini désormais;

JEANJe la méprise autant qu'autrefois je l'aimais.

Fanny à  ce moment, paraît, radieuse.

l'apercevant

CAOUDALGrands Dieux! Sapho!

il va se jeter sur elle et s'arrête brisé

JEANSapho!

interdit, on supprime les voix de femmes jusqu'à  la fin de l'acte

LA BORDERIESapho!

comprenant tout, à  part, frappé, atterrée

FANNYIls ont parlé les lâches!

d'une voix rauque, terrible et contenue

JEANQuelle infamie!

à  Fanny, avec la plus grande violence, très déclamé et déchirant

JEANJe t'ai tenue entre mes bras,

expressif

JEANEt je t'appelais mon amie! non! non!

très déclamé et déchirant

JEANJe ne me doutais pas, hélas, qu'une femme pouvait

très expressif

JEANainsi briser une âme!

haletant

JEANah! j'ai honte! je souffre,

la voix pleine de sanglots

JEANet je voudrais partir,

JEANRachetant mon erreur par un cruel martyr,

JEANEt maudire à  jamais le nom de cette femme!

JEANFanny,

avec émotion

JEANmoi qui t'aimais,

JEANFanny, maintenant je sais tout:

JEANJe connais d'aujourd'hui ton passé misérable

avec emportement

JEANQue tu m'avais caché.

désespéré

JEANEn captivant mon coeur, tu surprenais ma foi...

JEANFanny! Fanny!

violent et ironique

JEANtu te riais de moi!

chaleureusement

JEANMa tendresse est changée en dégoût,

JEANRedeviens la Sapho, redeviens leur maîtresse,

terrible

JEANTu m'entends,

JEANJe sais tout! Je sais tout!

insolente, mais très calme

FANNYC'est fini, n'est-ce pas,... tu te fâches... C'est bon!

brusquement

FANNYRetourne chez les tiens...

très nerveuse

FANNYIl fallait que ça se termine, c'est fait!

se montant

FANNYVa donc retrouver ta cousine,

FANNYA moi tu ne penseras pas...

FANNYTu seras bien heureux là -bas,

ironiquement, lestement

FANNYTu vivras tranquille entre ton papa, ta maman.

avec vigueur

FANNYAllons... décampe,

FANNYFile. Je te donne congé...

très violent

FANNYVa-t-en!

à  Sapho, désignent Jean

LA BORDERIEVois! Sapho! Vois! Sapho! Vois! il part!

ainsi que La Borderie

CAOUDALVois! Sapho! Vois! Sapho! Vois! il part!

d'une voix étranglée par l'émotion

JEANEh bien! je pars!

JEANJe pars...

affolé de désespoir

JEANpour ne plus te revoir! adieu!

terrifiée

FANNYAh!

Jean s'éloigne précipitamment.

lui criant désespérément

FANNYM'ami! m'ami! ils t'ont menti!

folle de rage

FANNYMais maintenant... qu'il est parti,...

s'avançant et s'animant davantage

FANNYMessieurs les beaux parleurs, les malins, les bravaches...

énergique

FANNYNon, je ne vous crains pas, vous êtes tous des lâches!

ironiquement, les amis seulement, avec Caoudal et La Borderie

LA BORDERIETu nous insultes, toi!

riant aux éclats

TOUSAh! ah! ah! ah! ah! ah! ah! ah!

essoufflée, au comble de la rage

FANNYEt vous savez... pourquoi...

FANNYMon bonheur vous a fait... envie...

bien chanté et attendrissant

FANNYCet enfant dont l'amour avait changé ma vie,

très expressif

FANNYPar votre faute m'a quittée,

FANNYIci l'on s'est vanté

FANNYRacontant tout, ma honte, ma misère,

FANNYEtalant au grand jour autant de lâcheté!

à  La Borderie; violent

FANNYEt toi, vipère,

très émue

FANNYToi qui m'as fait tant pleurer, tant souffrir,

FANNYTa haine est donc inassouvie,

FANNYPuisqu'en brisant mon coeur

avec élan

FANNYqui se régénèrait,

FANNYTu me prends plus que la vie!

FANNYHélas!

avec âme

FANNYJe cachais mon amour comme on cache un trésor,

FANNYVous me l'avez volé, mais je veux vivre encor,

FANNYPour vous maudire tous,

FANNYEt vous faire souffrir

FANNYCe que souffre

déchirant

FANNYmon être!

LA BORDERIESapho!

FANNYLaissez-moi, désormais

avec virulence et précipitation

FANNYMon âme est morte pour aimer...

avec déclamé

FANNYMais, je vous hais!

avec un suprême effort et un rire atroce

FANNYCanailles!

parlé, hurlé, rauque

FANNYcanailles!

Le Rideau descend précipitamment.

End of Scene 1

à  Jean

CAOUDALQu'avez-vous?

toute cette déclamation d'une voix sourde mais très énergique

JEANJe vous mentais, oui! depuis un an, auprès de cette femme

JEANj'avillissais mon âme, grisé par le mensonge, et lui donnant mon coeur,

avec effort

JEANcroyez-moi!

sans force

JEANj'ignorais tout,

anéanti

JEANma parole d'honneur!

se redressant moralement et avec éclat

JEANJe vous avais menti, mais vrai Dieu!

JEANje vous jure que tout est fini désormais,

JEANJe la méprise autant qu'autrefois je l'aimais.

(Fanny à  ce moment, paraît, radieuse.

JEANJean, à  sa vue, a poussé un cri et s'est enfui comme un fou.)

l'apercevant

CAOUDALGrands Dieux! Sapho!

aux amis absolument frappés, inquiets, palpitants, haletants

FANNYAh! vous avez parlé?

FANNYVous lui avez tout dit?

gênés

LA BORDERIEMais non... non...

à  elle-même; comprénant tout devant leur attitude embarrassée

FANNYOh! les lâches! les lâches! les lâches!

aux amis, avec violence

FANNYMais maintenant... qu'il est parti...

s'avançant et s'animant davantage

FANNYMessieurs les beaux parleurs, les malins, les bravaches,

énergique

FANNYNon! je ne vous crains pas, vous êtes tous des lâches!

à  Sapho, pour la calmer

CAOUDALVoyons! Fanny! calme-toi!

de même

LA BORDERIECalme-toi!

de même

LES AMIS... nous somme tes amis! Fanny!

LA BORDERIE... calme-toi!

essouflée, au comble de la rage

FANNYEt vous... savez... pourquoi...

FANNYMon bonheur... vous a fait... envie...

bien chanté et attendrissant

FANNYCet enfant dont l'amour avait changé ma vie,

FANNYPar votre

très expressif

FANNYfaute m'a quittée.

FANNYIci l'on s'est vanté

FANNYRacontant tout, ma honte, ma misère,

FANNYEtalant au grand jour autant de lâcheté!

à  La Borderie; violent

FANNYEt toi, vipère,

très émue

FANNYToi qui m'as fait tant pleurer, tant souffrir,

FANNYTa haine est donc inassouvie,

FANNYPuisqu'en brisant mon coeur qui se régénèrait,

FANNYTu me prends plus que la vie!

FANNYHélas!

avec âme

FANNYJe cachais mon amour comme on cache un trésor,

FANNYVous me l'avez volé mais je veux vivre encor,

FANNYPour vous maudire tous,

FANNYEt vous faire souffrir ce que souffre

déchirant

FANNYmon être!

LA BORDERIESapho!

FANNYLaissez-moi, désoirmais

avec virulence et précipitation

FANNYmon âme est morte pour aimer...

très déclamé

FANNYMais, je vous hais!

avec un suprême effort et un rire atroce

FANNYCanailles!

parlé hurlé, ranque

FANNYcanailles!

Le Rideau descend précipitamment.

SYSTEMFin du 1er Tableau

FANNY2d Tableau

FANNYA Ville-d'Avray; dans la petite chambre

FANNYRideau.

FANNY(Jean Gaussin est seul. De l'armoire entr'ouverte,

FANNYil arrache fièvreusement des vêtements, du linge,

FANNYqu'il entasse maladroitement dans une malle.)

écoeuré, désespéré

JEANAh! oui... partir très loin, m'évader, m'enfuir...

JEANNe plus penser à  rien, ah! ne plus souffrir...

JEANDès demain, je serai là -bas, dans ma Provence,

JEANEt le rude mistral saura vite chasser

JEANL'âpre désespérance

JEANQue laisse un mauvais rêve avant de s'effacer!

JEAN(Il retourne à  l'armoire... En dérangeant une pile de linge,

JEANil découvre un coffret de laque aux ferrures ciselées.

Il le prend et le regarde avec mépris, avec dégoût.)

JEANSon coffret! reliquaire impur du souvenir...

JEANTout son passé, toute sa vie!

avec un cri de rage

JEANFermé, parbleu!

JEANDieu sait ce qu'il doit contenir!

La porte s'ouvre brusquement. Fanny paraît bouleversée.

affolée, en voyant les préparatifs de départ que fait son amant

FANNYJean! tu t'envas!

FANNYReste... je t'en supplie!

méchant et froidement

JEANTout est fini désormais entre nous!

FANNYIls t'ont menti car ils étaient jaloux...

FANNYCe n'est pas vrai!

appuyant sur le mot

JEANSapho!!!

d'une voix rauque et terrible

JEANquelle infamie!

à  Fanny, avec la plus grande violence; très déclamé et déchirant

JEANJe t'ai tenue entre mes bras,

expressif

JEANEt je t'appelais mon amie! non! non!

très déclamé et déchirant

JEANJe ne me doutais pas, hélas, qu'une femme

très expressive

JEANpouvait ainsi briser une âme!

haletant

JEANah! j'ai honte! je souffre,

la voix pleine de sanglots

JEANoui, mais je vais partir,

JEANRachetant mon erreur par un cruel martyr,

JEANEn te maudissant toi, que j'appelais ma femme!

avec émotion

FANNYmoi qui t'aimais,

FANNYFanny, maintenant je sais tout:

FANNYJe connais d'aujourd'hui ton passé misérable

avec emportement

FANNYQue tu m'avais caché.

désespéré

FANNYEn captivant mon coeur, tu surprenais ma foi...

FANNYFanny! Fanny!

violent et ironique

FANNYtu te riais de moi!

chaleureusement

FANNYMa tendresse... est changée en dégoût,

FANNYRedeviens la Sapho, redeviens leur maîtresse,

terrible

FANNYTu m'entends,

FANNYJe sais tout! Je sais tout!

accablée, brisée de douleur et de honte

FANNYEh bien... oui, là ... c'est vrai...

FANNYMais va, que nous importe

FANNYAprès tout, si le hasard nous a fait tous

FANNYles deux nous rencontrer trop tard!

FANNYLa «Sapho» d'autrefois, je te le jure, est morte...

rudement

JEANA d'autres tes serments!

FANNYJe t'aime... rien que toi... toi seul!

JEANTu mens... tu mens!

éperdue de détresse

FANNYMais je t'adore!

JEANSi tu m'amais, garderais-tu encore...

FANNYQuoi?

lui montrant le coffret

JEANCe coffret...

FANNYTu sais?

allant à  l'armoire

JEANIl est resté toujours

Il désigne l'armoire.

JEANLà -haut...

FANNYLaisse, je t'en supplie.

FANNYIl ne renferme rien.

ironique

JEANRien!

FANNY(pendant que Jean tient le coffret dans les mains

FANNYet le retourne, détourne les yeux)

FANNYAh! quelle folie!

farouche

JEANCe sont tes archives d'amour!

FANNYSois bien méchant... fais moi bien de la peine...

FANNYJe t'aime assez, vois-tu, pour supporter ta haîne!

brutal

JEANLa clef...

FANNYJe ne l'ai plus!

dans un mouvement de rage forçant le coffret

JEANJe saurai bien l'ouvrir...

FANNYA quoi bon te faire soufrir!

qui a forcé la serrure du coffret

JEANRagarde... elles sont là ... toutes et bien serrées...

Il prend une lettre

expressif.

JEANDu relent de ta honte, elles sont imprégnées!

avec une douceur infinie

FANNYBrûle-les... c'est à  toi!

avec dégout

JEANA moi! A moi... Sapho...

suppliante

FANNYNon... dis: Fanny...

lui offrant de ses mains tremblantes quelques lettres tombées du coffret

FANNYoui, brûle... ou bien... déchire! après... me croiras-tu m'ami!

tendrement

FANNYTes doutes, nos chagrins, mes détresses passées,

FANNYLaisse les sous tes yeux s'envoler en fumées,

les yeux brillants

FANNYNuages très lointains qui cachaient un ciel pur

avec fièvre

FANNYResplendissant d'avoir reconquis son azur;

FANNYoui, m'ami brûle... brûle... ah! déchire!!

FANNYBrûle!!!

lentement, dans un sentiment de curiosité malsaine et douloureuse

JEANJe voudrais lire!

avec un geste familier à  Caoudal; un coup de pouce de sculpteur

FANNYEnfonce bien le chagrin dans mon coeur!

éclatant

JEANAh! le geste de ton sculpteur!

Fanny a pris machinalement une cigarette.

JEANEt cette cigarette que tu roules entre tes doigts!

JEANEt tes mots d'atelier, tes propos de guinguette,

JEANTous tes amants, je les entends et je les vois!

jetant la cigarette qu'elle a broyée

FANNYComme tu es cruel!

Jean fouille dans le coffret, il laisse retomber les lettres.

JEANToutes ces écritures...

JEANCes vieux billets jaunis et cassés aux pliures...

(à  genoux, près de la cheminée, y jette les lettres

FANNYqui sont tombées du coffret)

FANNYPasse-les moi... je vais les brûler sous tex yeux!

anxieux

JEANJe veux lire, te dis-je... je veux!

prenant une lettre au hasard; il lit:

JEAN«Pour animer le marbre orgueilleux de ta chair,

JEANO Sapho, j'ai donné tout le sang de mes veines,

JEANComme un trésor sacré, je veux garder mes peines...»

(l'interrompant; Elle lui prend le papier des mains, l'embrâse

FANNYà  la lueur de la bougie qu'elle a allumée

et le jette dans la cheminée; L'âtre rougeoie)

FANNYDonne!

JEAN(prenant une autre lettre; Sapho

JEANavec angoisse regarde la figure de Jean)

JEAN«A l'être le plus cher...»

(Il lit à  la muette. Sa physionomie prend à  mesure

JEANune expression de dégout.)

qui a reconnu l'écriture et jette le billet au feu

FANNYDonne! je t'en prie...

FANNYC'était une plaisanterie...

FANNYUne farce de rapin...

ragardant un croquis

JEANEt ce dessin!

JEANToi... dans le temps...

JEANPas mal.

lisant la dédicace

JEAN«A mon amie... Fanny Legrand, auberge de Dampierre,

JEANun soir qu'il pleuvait tant!»

douce

FANNYJe ne l'avais gardé que pour la signature... donne encore...

lui rendant le croquis

JEANTu peux le conserver!

FANNYNon, je veux tout brûler!

Elle le jette au feu.

FANNYMais ne lis plus abrège ma souffrance!

expresssif

FANNYJe t'en conjure!

avec une infinie tristesse

FANNYSi tu savais, m'ami, ce que fut mon enfance!

FANNYJ'étais comme on le dit... une fleur du faubourg,

FANNYTraînant au long du jour dans la rue!

FANNYMa mère... c'est à  peine si je l'ai connue...

FANNYUn père qui, très tard, rentrait à  la maison

FANNYEt lorsqu'il avait bu me battait sans raison!

FANNYJe grandis.

FANNYA quinze ans... j'étais, dit-on très belle...

FANNYJe m'enfuis de chez nous, et je devins modèle;

FANNYCes gens dont j'ai gardé l'inlassable rancoeur...

FANNYJe leur livrai mon corps, mais je gardai mon coeur...

avec élan, avec âme

FANNYCe coeur qui t'appartient, ce pauvre coeur qui t'aime.

FANNYCe coeur...

très expresssif

FANNYVa tu peux le briser il est à  toi quand même!

FANNYCe coeur qui t'appartient,

FANNYCe pauvre coeur qui t'aime, tu peux le briser!

FANNYIl est à  toi! à  toi!

dont les yeux obstinément retournent vers le coffret

JEANQuel est donc ce dernier paquet

JEANSoigneusement caché tout au fond du coffret.

en un cri de détresse

FANNYNon, non... ne lis pas ça.

JEANTu dis!

haletante

FANNYRends-moi vite

FANNYCes lettres.

JEANAllons donc!

FANNYJe les veux tout de suite...

FANNY(Elle saute sur le paquet de lettres que Jan tient à  la main,

parvient à  s'en emparer et le jette au feu. Jean bouscule Fanny

FANNYet arrache les lettres à  la flamme. Fanny cherche encore à  les ravoir.

FANNYLutte de chat-tigre à  la fin Fanny vaincue est brutalement rejetée dans un coin.)

effrayante, sombre, à  bout de résignation

FANNYTant mieux... tu sauras tout maintenant!

regardant l'enveloppe avec un rire méchant

JEANUn timbre de prison...

Il ouvre l'enveloppe, prend la lettre et va droit à  la signature.

JEANDe Froment, le faussaire!

se redressant

FANNYDe Froment, le graveur, un homme de talent.

FANNYS'il a volé, ce fut poussé par la misère!

avec mépris

JEANFroment... un bandit... quelle honte suprême!

cherchant une dernière fois à  l'apaiser

FANNTM'ami!

tremblant de rage, montrant une lettre

JEANCe nom dont tu me caressais:

JEANM'ami!! à  ce voleur... aussi... tu le donnais.

désespérément

FANNYVa, n'en dis pas de mal puisque c'est toi que j'aime!

JEANVoyons! que dit-il?

lisant la lettre

JEAN«C'est bien à  toi, Fanny d'être venue.»

JEANEt la date?

avec un cri de rage

JEANVingt deux Avril...

JEANDe cette année...

brusque

JEANAlors... il t'a revue

JEANDepuis que nous vivons ensemble tous les deux?

expresssif

FANNYC'était par charité, il est si malheureux!

reprenant sa lecture

JEAN«Je pense à  notre enfant... il est à  la campagne,

JEANM'as-tu dit...»

JEANUn enfant de lui, de ce forçat!

éclatant d'un rire sauvage

JEANah! ah! ah! ah!

JEANC'est complet!!!

effrayante, décidée

FANNYEh bien, oui, j'ai un fils!

insultant

JEANJe vois ça! ah! ah! ah! ah!

JEANUn enfant de voleur... de la graine de bagne.

superbe de colère

FANNYAssez, va-t-en! va-t-en!

JEANTu pourras lui donner pour exemple son père...

JEANLe fils de la Sapho et d'un faussaire!

JEANCe doit être joli!

terrible

FANNYTais-toi, je te défends

FANNYD'insulter mon enfant.

dompté par le cri maternel

JEANC'est bien!

méchante et hors d'elle

FANNYRetourne chez les tiens.

FANNYIl fallait que ça se termine;

FANNYC'est fait,

FANNYVa donc retrouver ta cousine, à  moi, tu ne penseras pas,

FANNYTu seras plus heureux là -bas;

FANNYTu vivras tranquille

FANNYEntre ton papa, ta maman...

avec vigueur

FANNYallons, décampe, file,

FANNYJe te donne congé...

FANNYVa-t-en!

JEANAh! gueuse!

insolente

FANNYEt maintenant,

FANNYTu ne m'ennuieras plus avec tes lauriers roses,

FANNYTes félibres, ton Rhône.

presque parle

FANNY«escoute oun tambourin...»

FANNYTes cigales... Divonne, Irène...

levant la main sur Fanny qui hausse les épaules

JEANAh! ça, tu oses...

courant vers la malle qu'elle trimbale vers Jean Gaussin

FANNYDépèche-toi, tu vas manquer ton train...

FANNYPrends malle, va donc, te dis-je... file... file!

tout en tirant sa malle vers la porte

JEANMisérable!

FANNYBourgeois.

sur la porte

JEANSale fille!

FANNYImbécile!

FANNYRideau.

SYSTEMActe IV

FANNYEn Avignon

FANNYRideau.

dans le très lointain

VOIX D'HOMMES ET DE FEMMESO magali, ma tant aimado,...

Jean rêve, prensif, triste

VOIX D'HOMMES ET DE FEMMES... mete latesto au fenestroun!

Au loin joueurs de flageolets et tambourinaires, encore plus éloignées

VOIX D'HOMMES ET DE FEMMESEscouto un pau aquesto aubado

VOIX D'HOMMES ET DE FEMMESDe tambourin e de viouloun,

VOIX D'HOMMES ET DE FEMMES(Divonne laisse Irène continuer le service et vient vers son fils

VOIX D'HOMMES ET DE FEMMESavec un mouvement de maternelle compassion.)

frappant doucement sur l'épaule de Jean

DIVONNEEh bien?

levant les yeux

JEANMère!

DIVONNEPitchoun! Tu détournes la tête!

DIVONNERéponds-moi, voyons qui t'arrête?

troublé

JEANJe ne sais...

DIVONNEVé, ne mens pas!

intimement

DIVONNERaconte un peu... là -bas, quelque chose, j'en suis bien sûre...

JEANRien, rien, je vous l'assure...

DIVONNETé, ce brusque retour! Tu le sauvais...

avec vivacité

JEANNon! non!

DIVONNEQuelque mauvaise femme qui me prenait ton âme,

DIVONNEquelque méchant amour!

caressant

DIVONNEne cache rien à  ta maman Divonne, tu sais comme elle t'aime,

DIVONNEet qu'au fond elle est bonne...

résolument

JEANEh bien, vous m'avez deviné. Mais, est fini.

DIVONNETu crois?

JEANC'était une folie qu'aujourd'hui je regrette et que j'oublie.

JEANDites, maman. m'avez vous pardonne?

avec une tendre effusion

DIVONNETe pardonner, petit! C'est déjà  fait, je t'aime.

doux et tendre

DIVONNEEt mon coeur, pour le tien, donnerait tout son sang.

avec âme

JEANSi vous lisiez au profond de moi-même,

JEANah! vous verrier ce que le mien ressent.

DIVONNEUne maman devine tout, les chagrins, les alarmes...

JEANPour les partager.

DIVONNE... oui, pour les chasser,

DIVONNEEt d'un fils effacer les larmes

DIVONNEPar un baiser!

DIVONNEAllons pas de faiblesse

Et si par instants la tristesse te prend encor,

DIVONNEDis-moi tout n'est-ce pas?

avec âme

JEANOuvrez-moi donc bien grands vos bras...

l'attirant à  elle

DIVONNEViens, mon petit, que je te presse, que je te presse comme autrefois,

DIVONNEcomme autrefois

DIVONNELorsqu'à  ma voix tu t'endormais chaque soir

DIVONNEdans ta berce.

DIVONNECalme-toi, mon pauvre enfant! Plus de regrets, plus de colères.

DIVONNENous resterons, toujours ensemble! Toujours nous nous aimerons!

DIVONNEToujours! toujours! Toujours!

JEAN... comme autrefois... à  votre voix...

JEANJe ne sens plus, enfin, de chagrin!

JEANC'est fini! c'est fini! Plus de regrests,

JEANplus de regrets, plus de colères.

tendrement

JEAN... ensemble! ensemble nous nous aimerons!

JEANToujours! toujours! Toujours!

heureuse

DIVONNECourons prévenir ton père; ah! qu'il sera joyeux

DIVONNEde voir enfin renaître dans tes yeux.

DIVONNEL'espoir des jours meilleurs et de smoment heureux!

DIVONNEMon chéri!

expressif

JEANMa bonne mère!

JEAN(Divonne s'éloigne. Lorsque Divonne s'est éloignée, Irène,

JEANqui vient de reparaître, va vers Jean qui, aussitôt sa mère partie,

JEANsemble avoir repris le cours de ses aimères réflexions.)

d'abord, timidement, à  Jean

IRÈNEVous souffrez donc? pourquoi songer ainsi? Dites-moi.

préoccupé

JEANPas à  vous!

cherchant à  la faire sourire

IRÈNEMais je suis votre amie,

gentiment

IRÈNEsouvenez-vous:

IRÈNE«Saint-Joseph et Marie...»

IRÈNEQuel est votre souci?

avec une touchante simplicité

IRÈNESi j'avais un jour quelque peine,

IRÈNEPour la conter je m'en irais vers mon ami, je lui dirais

IRÈNELe Chagrin dont mon âme est pleine.

IRÈNESi j'avais un jour quelque peine

tendrement

IRÈNEj'irais...

simplement

IRÈNEvers mon ami.

avec élan

IRÈNEJ'irais! sans doute il me prendrait la main,

IRÈNEIl me dirait une parole

avec âme

IRÈNEqui fait sourire, vous console...

IRÈNEEt rend plus doux le lendemain.

IRÈNECe serait un rayon d'aurore

IRÈNEQui disseperait

chaleureusement

IRÈNEmes tourments, ah!

IRÈNEMon coeur refleurirait encore

IRÈNESous le clair baiser du printemps!

IRÈNESi j'avais un jour quelque peine

tendrement

IRÈNEj'irais...

simplement

IRÈNEvers mon ami.

avec élan

IRÈNEJ'irais!

Césaire accourt, bouleversé.

avec précipitation

CÉSAIREJean!

vivement

JEANMon père!

à  Irène, avec une vivacité affectueuse

CÉSAIREVa-t-en vite retrouver Divonne!

troublée

IRÈNEMais qu'avez-vous?

CÉSAIRERien! rien! obéis, ma petite!

IRÈNEVous semblez en courroux. Et...

CÉSAIREVa,

très troublé, la renvoyant

CÉSAIREva donc... et laisse nous!

Irène s'éloigne.

à  Jean, toujours avec agitation

CÉSAIREMon pauvre enfant! là ! cez nous, elle arrive!

comprenant

JEANElle est là ,

CÉSAIRE... le demandant.

JEANSapho!

CÉSAIREPour ignorer ton amour imprudent, je n'ai pas l'âme assez naïve.

CÉSAIREDu courage, surtout!

JEANOh! désormais, je serai courageux... je tremblais tout à  l'heure,

JEANMais maintenant, qu'elle menace ou pleure,

JEANJe ne faiblirai pas... père... je le promets!

Césaire s'éloigne.

JEAN(Fanny, qui s'avance lentement, regarde autour d'elle.

JEANElle aperçoit Jean, va vers lui très vite, comme pour lui sauter au cou.

JEANElle s'arrête. Un silence.)

avec la plus grande douceur

FANNYNe m'en voix pas d'être venue.

FANNYL'on ne se quitte pas sans les derniers adieux.

FANNYLoin de toi je souffrais d'une peine inconnue

FANNYMaintenant, je te vois, je vais meiux.

très ému intérieurement et voulant paraître indifférent

JEANJe ne vous en veux pas.

vivement et avec une tristesse inquiète

FANNYTu dis vous!

fatiguée, épuisée

FANNYJe suis lasse...

FANNYJ'ai tant pleuré,

nerveusement

FANNYJe ne sais pas comment je suis vivante et parle encor en ce moment.

FANNYToute autre en fut morte à  ma place.

anxieusement

FANNYJe suis changée?

Jean ne répond rien.

FANNY... oui... n'est-ce pas?

rompant sèchement cette conversation

JEANToujours vous habitez là -bas?

avec le affectueux sentiment

FANNYMais où veux-tu que j'aille?

FANNYJ'ai là  des souvenirs qui me font espérer.

FANNYEt parfois, cessant de pleurer,

FANNYLe matin, ne pensant à  rien,

simplement

FANNYJe travaille. Quesquefois...

plus vivement: avec un pâle sourire

FANNYje m'éveille en riant:

FANNYC'est quand le ciel est pur et le soliel brillant.

FANNYAlors, je prends ma robe blanche.

FANNYJ'arrange mes cheveux comme tu les aimais,

FANNYA la fenêtre je me mets.

FANNYEt jusqu'au soir, je me penche,

FANNYPour guetter ton retour, pour entendre tes pas,

très expressif

FANNYC'est en vain que j'espère...

découragée

FANNYEt m'ami ne vient pas!

toujours froid

JEANL'hiver est toujours triste, il serait préférable de rentrer à  Paris.

avec une explosion de douleur

FANNYQu'y ferai-je, sans toi?

avec amertume, toutes les sullabes très prononcées

FANNYCes gens que je connais, ce monde misérable où j'ai vécu,

FANNYtout est pour moi un sujet de douleur et de cruel émoi.

avec affection

FANNYPendant un an je fus ta femme

palpitant

FANNYEt j'entends rester à  toi pour toujours; pour toujours;

FANNYTu vas revenir, tu vas revenir, les beaux jours viendront

FANNYà  nouveau parfumer mon ame.

langoureusement, les doubles croches peu accentuées

FANNYViens, m'ami, je serai si douce et si bonne pour toi, que ton coeur s'ouvrira...

avec une extrème douceur

FANNYEt que ta main qui me repousse

FANNYTendrement me caressera.

FANNYViens! car tu m'aimes encore

FANNYVois ma douleur, seul, tu peux l'apaiser.

FANNYCède à  mon amour qui t'implore,

très caressamt

FANNYTa bouche ne saurait oublier mon baiser.

FANNYViens! viens! viens! m'ami!

déchirant

FANNYviens!

courageusement, malgré son trouble

JEANNon! je ne puis!

FANNYPourquoi?

JEANJe ne puis!

avec vérité

JEANSi grande est ma faiblesse, que si je te suivais,...

JEANje ne m'en irais plus.

presssante

FANNYVois mon chagrin,

JEANNon!

FANNYVois ma tendresse,

JEANNon!

FANNYVois mon atta-

FANNY(en liant)-

FANNYchement!

luttant contre lui-même

JEANNon! non! Espoirs

avec courage

JEANsuperflus!

sombre

JEANEt ton passé?

éperdue

FANNYMais... ce n'est pas ma faute,

avec sincérité

FANNYEt je l'ai tant maudit qu'il devrait être mort.

FANNYPitié!

JEANTon passé?

avec une sombre fermeté

JEANIl existe toujours

avec violence et amertume

JEANet nous ôte,

JEANA moi le droit de vivre avec toi sans remord,

JEANA toi, celui d'aimer sans scrupule et sans honte!

JEAND'alleurs, je dois partir.

s'animant peu à  peu

FANNYJe sais la vérité...

FANNYIci, contre moi l'on te monte...

FANNYL'on veut te marier et toi sans volonté,

FANNYFaisant fi de mes pleurs,... riant de ma

avec emportement

FANNYdétresse tu brises froidement

très accentué

FANNYle coeur de

éplorée

FANNYta maîtresse... C'est mal...

violent

JEANTu dis...

tourchante

FANNYJ'ai tort! pardonne-moi...

FANNYJe crois, j'espère

l'implorant tendrement

FANNYet je ne veux que toi...

langoureusement

FANNYViens, m'ami, je serai si douce

FANNYet si bonne pour toi, que ton coeur s'ouvrira...

suffoqué, très ému

JEANTout est fini... désormais...

avec une extrême douceur

JEANEt que la main que me repousse

JEANTendrement me caressera.

JEANNon! tu le sais... non c'est impossible! non! c'est impossible!

JEANdésormais non! c'est impossible, hélas! non! tout est fini!

avec un cri d'ivresse et de pardon

JEANFanny!

FANNYJe 'taime! Et jamais tune me fus plus cher,

FANNYPitié! pitié! Vous ma peine!

FANNYPitié! pitié! Je tombe à  tes genoux!

paraissant avec Divonne

CÉSAIREMon fils!

se jetant dans les bras de Césaire

JEAN...ah! mon père!

calme et avec autorité

CÉSAIRERentre chez nous!

comme une louve

FANNYJe ne te quitte pas!

à  Fanny, grande et calme

DIVONNEPartez!

la toisant, furieuse

FANNYMais qui donc êtes-vous?

simple et digne

DIVONNESa mère!

s'inclinant, come écrasée

FANNYAh! madame

balbutiant

FANNYpardonnez-moi... je ne savais...

en s'éloignant la voix coupée par les sanglots

FANNYJean... là ...

épuisée

FANNYje m'en vais...

Fanny répète comme inconsciente et égaré:

FANNY... je m'en vais... je m'en vais...

à  part, gravement

DIVONNELa pauvre femme!

DIVONNERideau.

SYSTEMActe V

DIVONNEC'est l'hiver dans la chambre déserte de la petite maison,

DIVONNEà  Ville d'Avray

DIVONNESolitude

DIVONNERideau.

Fanny, seule, pensive, triste, résignée

FANNYDemain, je partirai,

douloureux

FANNYpuis qu'il le faut

FANNYAllons, mon coeur, me meurs pas à  la tâche...

abattre

FANNYJe pleure

avec amertume

FANNYvraiment comme je suis lâche!

FANNYPauvre Sapho!

avec un profond découragement

FANNYA jamais j'ai perdu ma vie, toute espérance m'est ravie...

retombant dans l'accablement

FANNYTant bonheur a fui, désormais je disparais du monde,

FANNYJe m'exile.

FANNYJe ne dois rien espérer maintenant;

FANNYOublier sera

absolument douloureux

FANNYdifficile,

FANNYJe t'aimais tant!

en sanglots

FANNYJe l'aimais tant!

avec affection

FANNYSes lettres...

lisant intemement

FANNY«Ma Fanny, ma femme bien aimée, le temps est pur et clair,

FANNYla campagne embaumée nous appelle... demain...»

FANNYJe vais encor pleurer... ne les relisons pas... mieux vaut les déchirer...

Elle déchire les lettres. puis... continue à  chercher dans le tiroir.

avec un cruel sourire

FANNYUn tas d'objets à  lui... ces pauvres fleurs fanées...

comme un réflexion, simplement

FANNYC'est lui, jadis, qui me les a données...

avec un grand sentiment et avec chaleur

FANNYFaut-il avoir aimé pour un jour tant souffrir!

FANNYFaut-il avoir vécu de sidouces journées,

FANNYPour renoncer à  tout, s'en aller... et mourir.

FANNYSans l'espoir consolant de sfautes pardonnées.

FANNYHélas! je l'aimais tant! Je l'aimais tant!

plus raisonnable

FANNYJe comprends aujourd'hui, j'aurais perdu son âme,

FANNYC'était le condamner à  l'amère douleur,

FANNYJ'aurais fait son malheur:

FANNYHélas, he blasphémais en me disant sa femme!

comme visionnée et transfigurée, très attendrie, très douce

FANNYLà bas... : à bas, un tout petit être frêle, innocent,

FANNYM'appelle d'une voix qui m'attire et me touché,

FANNYCe petit, c'est mon fils, cet être, c'est mon sang:

ans respirer

FANNYje veux le retrouver, entendre de sa bouche

ans respirer

FANNYce doux nom de maman!

FANNYTout mon bonheur futur est là , je le sens bien...

gravement

FANNYEt dans l'espoir suprême de faire de mon fils le coeur honnête et pur

n s'attristant

FANNYje n'ai pas été moi-même.

Elle retombe dans ses pénibles pensées.

en entrant

JEANFanny!

presque parlé, suffoquée

FANNYC'est vous!

épuisé, se soutenant à  peine

JEANC'est moi!

JEANJe ne pouvais

aletant et pressé

JEANrester... plus longtemps loin de toi!

très émue, sans retenir

FANNYVous êtes revenu, pourqoui?

JEANMa maîtresse chérie,

avec un tendre reproche

JEANC'est toi qui me dis: vous... maintenant...

avec force et courage

FANNYJe t'enprie, Jean, laisse-moi. je m'en vias, tu dois m'oublier.

avec force

JEANSi tu pars, c'est pour te lier, hélas, avec un autre!

se défendant

FANNYNon! non!

énergiquement

JEANJe l'ai dit.

FANNYJe te le jure!

JEANJe l'ai dit.

à  volonté

JEANAinsi pour toi je fus parjure!

avec désespérance

JEANJ'ai tout brisé là -bas, pour revenir,

JEANLe coeur des meins mon avenir!

avec expansion et attendrissement

JEANJ'ai quitté notre vigne et ses beaux lauriers roses,

JEANOui, j'ai quitté de douces choses...

JEANJ'ai vu pleurer ma mère, et j'ai senti sa main

JEANMe retenir encore au détour du chemin.

JEANTout s'écroule pour moi, amour, espérance!

JEANTout!

JEANAh! tu veus m'oublier, partir... en ce moment.

JEANVa! ne prolonge pas plus longtemps ma souffrance

JEANEt cours rejoindre ton amant!

avec ivresse et élan

FANNYAh! tu m'aimes encore!

FANNYNon! ne t'en défends pas, je lis dans tes yeux

FANNYl'amour des jours délicieux.

avec résolution

FANNYJe reste, je t'adore!

FANNYJe t'adore!

Ils restent enlacés.

observant Jean avec anxiété

FANNYMais tu pâlis... m'ami...

subitement, se redressant, nerveux et égaré

JEANQu'as-tu dit? m'ami!

e plus en plus violent et suffoqué

JEANrien que ce mot... rappelle... un souvenir

errible

JEANaffreux!

éplorée

FANNYVas-tu recommencer à  me tenailler en parlant du passé?

très espressif

FANNYEst-ce douc pour cela que tu venais vers celle

FANNYQue croyait au pardon en sentant ton baiser!

préoccupé, encore

JEANAh! c'est vrai... je suis fou...

anxieuse

FANNYTu me fais peur... ta lèvre tremble...

FANNYet tex yeux sont tout rouges de fièvre...

sans retenir

JEANJe suis... brisé.

FANNYCalme-toi... maintenant...

déjà  vaguement

JEANJe n'avais plus dormi...

affectueusement, près de lui

FANNYRepose doucement.

en s'endormant

JEANReste-là ...

FANNYSi tu veux.

vaguement

JEANO ma Fanny! je t'aime...

à  voix basse

FANNYOublie et sois heureux.

en rêvant

JEANOui... c'est l'oubli... suprême!

le regardant

FANNYComme il dort!

à  elle-même

FANNYVais-je rester ici?

plus décidée

FANNYMais non, mieux vaut partir ainsi...

FANNYGardant étroitement dans mon âme blessée

bien chanté

FANNYSon cher baiser

aressant

FANNYd'amour, sa dernière densée!

avec certitude

FANNYJamais il n'oubliera, je le sens maintenant.

avec amertume

FANNYChaque baiser sera suivi d'un mot méchant.

avec effort

FANNYAllons!

douloureux

FANNYc'est l'heure!

Elle écrit.

simple et touchant

FANNY«Adieu, m'ami,

FANNYJe pars à  tout jamais...

FANNYNe m'en veux pas... car je t'aimais

FANNYJe t'aime toujours et je pleure.

FANNYJ'accomplis mon devoir, et j'en suis toute fière;

recueillie

FANNYS'il est vrai que là -haut il existe un bon Dieu,

FANNYJe pourrai maintenant lui faire une prière

FANNYEt lui parler de toi...

simple et attendri

FANNYc'est tout... adieu.»

très émue et caressante

FANNYUn baiser... le dernier... et de toute mon âme...

en rêvant

JEANMa femme!

anxieuse

FANNYIl se réveille?

e rassurant

FANNYnon! non! toujours endormi...

FANNYAdieu, m'ami!

s'éloignant

FANNYadieu!

oute sanglotante

FANNYadieu.. m'ami...