Les odeurs et les parfums

T. Lee

Avec ses vaporisateurs, il injecta dans la pièce

une essence formée d'ambroisie,

de lavande de Mitcham, de pois de senteur, de bouquet,

une essence qui, lorsqu'elle est distillée par un artiste,

mérite le nom qu'on lui décerne, « d'extrait de pré fleuri »;

puis dans ce pré, il introduisit une précise fusion

de tubéreuse, de fleur d'oranger et d'amande,

et aussitôt d'artificiels lilas naquirent,

tandis que des tilleuls s'éventèrent,

rabattant sur le sol leurs pâles émanations

que simulait l'extrait du tilia de Londres.

Ce décor posé en quelques grandes lignes,

fuyant à perte de vue sous ses yeux fermés,

il insuffla une légère pluie d'essences humaines

et quasi félines, sentant la jupe, annonçant

la femme poudrée et fardée, le stéphanotis, l'ayapana,

l'opoponax, le chypre, le champaka, le sarcanthus,

sur lesquels il juxtaposa un soupçon de seringa,

afin de donner dans la vie factice du maquillage

qu'ils dégageaient, un fleur naturel de rires en sueur,

de joies qui se démènent au plein soleil.