Salomé de Gustave Moreau
T. Lee
Le chef décapité du saint s'était élevé
du plat posé sur les dalles et il regardait,
livide, la bouche décolorée, ouverte,
le cou cramoisi, dégouttant de larmes.
D'un geste d'épouvante, Salomé repousse la
terrifiante vision qui la cloue, immobile,
sur les pointes; ses yeux se dilatent,
sa main étreint convulsivement sa gorge.
Elle est presque nue; dans l'ardeur
de la danse, les voiles se sont défaits,
les brocarts ont croulé; elle n'est plus vêtue
que de matières orfévries et de minéraux lucides;
un gorgerin lui serre de même qu'un corselet la taille,
et, ainsi qu'une agrafe superbe, un merveilleux joyau
darde des éclairs dans la rainure de ses deux seins;
plus bas, aux hanches, une ceinture l'entoure,
cache le haut de ses cuisses que bat une gigantesque
pendeloque où coule une rivière d'escarboucles
et d'émeraudes; enfin, sur le corps resté nu,
entre le gorgerin et la ceinture, le ventre bombe,
creusé d'un nombril dont le trou semble
un cachet gravé d'onyx, aux tons laiteux,
aux teintes de rose d'ongle.